Au Royaume des aveugles, les borgnes sont rois

Au Royaume des aveugles, les borgnes sont rois

« Il n’est pas de grande fondation qui ne repose sur une légende. Le seul coupable en pareil cas c’est l’humanité qui veut être trompée. »

Ernest Renan

En France, notamment, les catholiques de tout bord, journalistes en tête, commencent enfin à admettre les évidences : le cléricalisme de leur Église, et les innombrables abus qui en découlent. On ne compte plus, de par le monde, les scandales en tout genre. De l’emprise psychique aux abus sexuels. De l’omerta, au déplacement des prêtres pédocriminels. Cette terrible réalité nous aura conduit dans l’impasse que l’on sait.

Citons quelques livres parmi d’autres, qui rendent compte de cet état d’urgence, urgence d’un renouveau profond. Urgence, d’y voir plus loin ? 

Henri Tincq et Vatican, la fin d’un monde; un livre où il dénonce  le gouvernement «clérical » et « sexiste » de l’Église. Roger Lenaers, Un autre christianisme est possible : la fin d’une église moyenâgeuse, qui fait le constat d’une institution qui se meurt, tout en indiquant une troisième voie qui assume l’hétéronomie et l’autonomie, qu’il appelle la théonomie. Anne Soupa, avec Consoler les catholiques qui, malgré la crise, se veut confiante. Il suffit d’en revenir à l’essentiel : l’Évangile.  René Poujol, avec Catholique en liberté. Un livre pour  « dire à mon Église qu’au fil des siècles, et aujourd’hui encore, trop de centralisme, de cléricalisme, de dogmatisme et de moralisme avait fini par étouffer la flamme ardente de l’Évangile et décourager nombre de personnes ‘de bonne volonté’ qui s’en étaient allées ! » Ou encore, Christine Pedotti qui, au travers de deux ouvrages , « Jésus l’homme qui préférait les femmes » et « Qu’avez-vous fait de Jésus ?« , entend notamment dénoncer la culture de l’abus, pour en revenir désormais à l’Évangile. Joseph Moingt et L’esprit du christianisme, Jacques Musset et Repenser Dieu dans un monde sécularisé, ou encore John Shelby Spong et Pour un christianisme d’avenir ne disent pas autre chose…

Mais d’où vient cet aveuglement fou, ce refus récurrent de regarder en face les crimes innommables, ce besoin de se raccrocher encore, coûte que coûte, à un « livre saint » qui n’a pas fini de se… séculariser ? D’où vient le fait que les victimes n’aient jamais été mises à la première place ? Pour qui connaît en effet l’histoire de cette Église, journalistes en tête, les scandales ne sont-ils pas consubstantiels à l’institution religieuse ? Les dérives sectaires de tant de Communautés et Mouvements d’église de simples métastases d’un grand Corps mortifère dès l’origine ? La raison critique ne pouvait-elle donc rien, face à un croyant qui croit envers et contre tout ? Je suis comme sidéré, devant cet aveuglement millénaire.

Petite piqûre de rappel. L’Inquisition, bien sûr, et ses milliers de morts pour hérésie. La crise moderniste, et ses excommunications toujours pour hérésie. Le sort peu enviable réservé aux femmes pécheresses, révélé notamment au travers des Orphelins de Duplessis ou des orphelinats religieux d’Irlande, où seront retrouvés de nombreux ossements de bébés à Tuam.  La colonisation de l’Amérique, le soutien de l’Eglise au fascisme et au nazisme. Ses innombrables génocides. La pédophilie et l’homosexualité, pourtant tellement décriée, au plus haut niveau de la hiérarchie catholique. L’omerta autour de l’emprise mentale et des dérives sectaires de tant et tant de Communautés et Mouvements d’église. Le silence imposé aux victimes pour le bien de l’Église, légiféré avec Crimen sollicitationis. L’absurdité de tant de dogmes et de doctrines archaïques, qui auront étouffé la vie de tant de croyants, fidèles par ignorance et par peur de tomber dans le péché mortel, conduisant droit en enfer. Le soutien de l’Église à l’esclavage, au nom du droit divin. L’argent mafieux de la banque du Vatican. L’Église contre l’avènement du monde moderne et des droits humains. Bref, des crimes odieux, un endoctrinement et une intolérance millénaire, à qui ne pensait pas comme la « Sainte Eglise catholique, apostolique et romaine »…

Non, rien de neuf aujourd’hui, juste une longue et effroyable continuité, d’une idéologie viscéralement perverse. Oublier le passé, c’est permettre qu’il se perpétue. Aujourd’hui, les croyants se réveillent, leurs yeux se dessillent. Ils étaient juste aveuglés. L’Église leur interdisait de voir clairement et de dénoncer de simples vérités. Seule la société civile et les médias auront permis une prise de conscience inédite sur les crimes de l’église et sur leur ampleur vertigineuse. Un cléricalisme systémique, fait d’entre-soi et de silence. Un aveuglement abyssal, une religion infernale.

Alors, peut-on tout oublier, et faire comme si de rien n’avait été ? Pire, peut-on encore affirmer à l’égard de ceux qui partent, qu’il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain ? Sérieux ? Même quand l’eau est sale et le bébé un imposteur ? Sérieux ? Mais quel est donc ce saint conditionnement qui vous pousse encore à rester ? Malgré tout ce que vous ne pouvez plus décemment ignorer ! À rester dans cette Église, coupable de tant de dérives. À vouloir encore la réformer, après 21 siècles de ce que vous savez. Sérieux ? On oublie le totalitarisme, les menaces de l’enfer, les persécutions en tout genre ? On oublie l’omerta et les victimes comptées pour rien ? On oublie, et on recommence tout ? Au nom de quelle lucidité, dites-moi ? De l’Évangile, dites-vous d’une seule voix !

L’Évangile, la belle affaire ! L’Évangile qui aura permis toutes les dérives, au nom de Dieu ! Cet Évangile édifié et mystifié par l’Église ! L’Église n’était alors qu’une petite secte juive, qui s’adossera au pouvoir politique romain ! L’Église s’est prise pour Dieu  et a imposé sa Loi divine ! La doctrine hérétique qui fonde son imposture n’a pas changé ! Elle se revendique toujours du même Évangile ! Dieu n’est jamais qu’un être anthropomorphique ! Et le péché originel, simple invention des théologiens ! Histoire de pouvoir, et de soumission ! Le bébé a une sale tête, et l’eau du bain la couleur du sang ! À refuser sa liberté, l’humain se soumet encore à des chimères dangereuses ! Le prix payé est incommensurable, à voir l’histoire de nos illusions  ! Par crainte de vivre, par ignorance et par abus de confiance ! L’Église est coupable, infiniment ! Un jour, il faudra la juger, pour crime contre l’Humanité ! Pour cette vérité là, je suis prêt à en découdre. 

Pour l’heure, cette église se prétend toujours divine, fondée sur le Christ. Au-dessus des lois, privilège de l’immunité diplomatique. Privilège de tous les abus, en toute impunité.  Résidus honteux de cette théocratie totalitaire ! Et vous n’êtes toujours pas révoltés ? Même pas convaincus ? Après des siècles d’asservissement ? Vous attendez toujours le miracle, que changent vos évêques ? Vous continuez encore à prier, à vous rendre à l’Église ? Vous croyez, malgré tout, au souffle de l’Esprit et aux mots du Credo ? Dite-moi, sérieusement, qui manque de foi ? Dites-moi, qui est vraiment aveugle ? Dite-moi, la « foi » ne s’est-elle pas toujours opposée à la raison critique ? Sous prétexte que les hommes de dieu savaient mieux que le simple mortel, nous nous sommes tus ! Et divisés, face aux abus, depuis tout ce temps déjà ! C’est là, la terrible vérité. Depuis la nuit des temps,…  N’est-ce pas ? Comme moi, vous avez cru, aux hommes en blanc et à leurs paroles pieuses ! 

Et les femmes voilées ou violées, c’est du pareil au même, Comptées pour rien, juste bonnes à se faire engrosser. Et à se taire, simples pécheresses devant l’Éternel… Plus aujourd’hui, en Occident, à tout le moins. Bien sûr, mais cela n’efface rien. Du passé, de la femme sans vertu. De la supercherie, de cette folie meurtrière. Au nom des dieux, des religieux usurpant sa place. Parler à sa place, depuis la nuit des temps. Tellement simple, de prendre le pouvoir,  face au silence des dieux.  De tenir l’humain sous sa coupe, pour moins que rien. De l’asservir sans fin, au nom d’idées jamais expérimentées dans la chair.

D’ailleurs, l’image de Dieu ne cesse d’évoluer. Cherchez l’erreur ! Du Dieu juge, au Dieu Miséricordieux. Du Dieu aux pieds de la lettre, au Dieu révélé par les exégètes. Du Dieu des Conciles, au Dieu selon chacun. Du Dieu Trinité, à l’Esprit de Jésus. À mesure de nos connaissances, reculent nos superstitions.  Mais nos bons religieux, peinent à changer de paradigme. Sous prétexte, encore et toujours, de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Ils déplacent une virgule, recomposent un « nouveau catéchisme » pour notre temps. Tant de gâchis passés, juste pour en arriver là ? Décidément, ce bébé imaginaire a bon dos. Vous manquez encore d’audace, quelques siècles vous seront encore bien nécessaires. Ainsi, a toujours évolué l’humanité, n’est-ce pas ? De guerre en guerre, de résistances en évidences… 

Je fus élevé dans la religion catholique ! J’ai entendu, dimanche après dimanche, le sermon des curés ! Plus ou moins menaçant, plus ou moins aimant ! Selon leur propre perception des Saints Évangiles ! J’ai joué Jésus dans la crèche de Noël ! Plus tard, j’ai évangélisé dans les rues de mon Université ! Par la suite, j’ai enseigné aux enfants le catéchisme ! Je connais la rhétorique ! Je sais parfaitement les jeux de l’esprit, pour refuser de voir clair ! Pour rendre autrui aveugle, de ce qu’il voit pourtant ! Je sais qu’il est possible de se mentir, tout en affirmant le contraire ! Cette rhétorique, je l’ai usée jusqu’à la corde, jusqu’à l’aveuglément ! Jusqu’à refuser de voir ce que je voyais ! Jusqu’à admettre, enfin, que je me trompais. Une vie durant, il m’aura fallu. Pour démonter l’imposture religieuse, pour reconnaître qu’elle n’était plus tenable…

Un dernier mot, avant d’en finir. Chers fidèles, et journalistes catholiques, vous avez désormais vu le cléricalisme millénaire, et ses dérives innombrables, autant qu’innommables. Surtout, ne vous arrêtez plus en chemin. Remontez donc à la cause véritable, aux origines de l’imposture. C’est qu’il est temps de tirer, cette fois, leçon du passé. De changer enfin de paradigme, de quitter l’emprise. D’apprendre à vivre librement, sur son propre chemin d’humanité… Ou alors, je crains que d’autres ne doivent, une fois de plus, le faire à votre place. Société civile et médias en tête…

Aujourd’hui, et de par le monde, c’est d’une Révolution des consciences dont nous avons besoin ! Les religions, et leurs réformes sans fin au cours des siècles passés et à venir, ne mènent à rien ! Les religieux veulent rester au pouvoir et soumettre le bon « peuple de Dieu » ! Remettre en cause leur système, c’est vouloir qu’il se réforme de fond en comble ! Un tel effondrement équivaudrait à sa disparition ! Bref, vivre en liberté, c’est quitter une Église qui n’a cessé de massacrer et d’opprimer ! C’est abandonner un système qui prétend, encore et toujours, posséder la Vérité ! C’est, enfin, ne plus justifier ce qui le fonde, que ce soit au nom d’un Dieu, d’un Homme ou d’un Évangile !

Pascal HUBERT

L’expérience de Asch. Ou, quand le Pape dit « oui », le Peuple aussi. Demeurent les hérétiques, qui font bouger le troupeau…

Rester un esprit libre n’est pas toujours chose facile. Surtout lorsqu’on appartient à un groupe et qu’on ne partage pas le même point de vue que la majorité. Une expérience impressionnante qui, à elle seule, explique à merveille les origines de l’esprit moutonnier

Imagine tous les peuples,
Vivant dans le présent…

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3 thoughts on “Au Royaume des aveugles, les borgnes sont rois

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