Rue du calvaire : une croix sur l’enfance

 

Rue du calvaire : une croix sur l’enfance

 

Les enfances brisées, c’est toujours poignant. Ça me met les larmes aux yeux, réveille en moi des choses enfuies. Sans savoir trop lesquelles, trop d’inconnues subsistent. Tous ces hommes qui ont un sexe, censé ne jamais servir. Pour l’amour de Dieu, ils ont renoncé à la chair. Quelle hypocrisie, quelle monstruosité. Une castration de l’être, avec des dégâts incommensurables. Désormais connus de tous, l’omerta s’étant fissurée. Après des siècles de dénis et de mensonges. Tant de générations sacrifiées, au nom des dieux.

Ainsi, cette Église, gardienne du dogme et de la morale, enseignant le péché mortel et la peur de l’enfer, se sera montrée d’une perversité extrême. Cachant en son sein ses prédateurs, les laissant aux contacts d’enfants, les déplaçant pour éviter le scandale. Un imposteur, un pervers, un salaud n’agirait pas autrement. L’Église a fait ce qu’elle n’a cessé de dénoncer, chez les autres. Et son silence de plomb coule désormais, dans tant de veines meurtries.

Je termine de regarder un énième reportage, sur la pédophilie dans l’Église. « Pédophilie dans l’Église : la fin de l’omerta » (Tf1, 13 octobre 2019). Et toujours la même sidération, le même dégoût, la même tristesse. Tant de confiance trahie, de vies meurtries. Mais, je ne me fais plus aucune illusion. Des pédophiles courent toujours. Ce n’est pas la fin, ni des abus, ni de l’omerta. La chape de plomb n’a pas fini de sauter, les drames de se perpétuer. Mais la parole s’est libérée, le sacré ne permet plus tout. Surtout plus l’impunité, longtemps systémique.

Et ce témoignage bouleversant, de Jean-Pierre Sautreau. À lui seul, il en dit long, sur tant de vies sacrifiées, de vocations mensongères, de délires sectaires et de superstitions qui vous conduisent en enfer : « Une croix sur l’enfance. » Lorsque l’Église était encore toute puissante, régentait la Cité, pesait de tout son poids, sur les épaules des « pauvres pécheurs » : « Je viens d’avoir 11 ans cet avril 1960, et j’apprends que je vais partir au Séminaire de Chavagnes-en-Paillers rejoindre des dizaines d’autres enfants. Comme eux, on m’a découvert la vocation sacerdotale. J’ai soi-disant reçu un mystérieux appel à être prêtre. En réalité, cette élection ne résulte ni d’un événement extraordinaire, ni d’un choix personnel, mais de la conjuration d’adultes : enseignant, abbés de la paroisse, recruteur spécial autour du bon élève d’une famille catholique modèle plus ou moins subjuguée. Je deviens ainsi l’agneau sacrifié d’une Église en mal de troupes pour assurer son développement. Mon enfance va m’être arrachée, ma singularité piétinée. Je vais connaître l’humiliation et la souillure, la solitude et la mélancolie avant d’être chassé six ans plus tard du troupeau et revenir vers des parents déçus et incompréhensifs. Bousculé dans ma construction d’être, privé notamment d’adolescence, je resterai marqué à vie par ces années, blessé en particulier par la distension du lien avec une mère qui m’a alors laissé partir. »

L’Église, comme toute pseudo-vérité religieuse, est une effroyable imposture. Il est impossible de lui trouver encore un intérêt, une circonstance atténuante, un quelconque bienfait. Il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain, seulement d’être d’une lucidité sans faille. Je refuse de boire encore à cette eau trouble. Aujourd’hui, personne ne peut plus nier ses crimes, les vies brisées, sa doctrine mensongère. Ce qui me sidère, ce sont ceux qui restent malgré tout. Trouvent encore des justifications à l’innommable, un sens à l’horreur, voir des excuses après tant de crimes. Rester encore, c’est perpétuer une soumission infantile. Retrouver la liberté de vivre est à ce prix : quitter l’Église, c’est devenir adulte !

Regarder sa souffrance en vérité, admettre que l’on a été une victime, reconnaître qu’un travail sur soi est indispensable. Quel long chemin, avant que les écailles ne tombent des yeux. Impossible de trouver les mots, avant de vivre ce qu’ils signifient. Avant de tomber au fond du trou, et de vivre l’effondrement. Ces mots que je cherche à vivre, pour être au plus juste. Pour quitter l’emprise, et le trauma. La religion n’est pas seule en cause, l’enfance aussi. Mais, lorsqu’il s’agit d’abus de confiance et d’emprise, elles se complètent. L’une l’autre, à merveille. Et c’est ce que je refuse, désormais.

Pascal HUBERT

 

 

 

 

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7 thoughts on “Rue du calvaire : une croix sur l’enfance

  1. Et malgré tout ce qu’on sait sur les hommes qui font et ont fait cette Eglise pourrie, malgré leurs mensonges, leurs saloperies, leurs violences, leurs agressions, Elle est toujours là! Comme si de rien n’était Elle continue de faire la leçon au peuple, par exemple sur l’avortement (François) ou, tout dernièrement, sur les dégâts de l’éducation sexuelle. (Ratzinger).
    A désespérer…

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  2. Coucou Pascal!

    Je ne crois pas que ce soit quitter l’Eglise en réalité. C’est surtout sortir de l’idée que l’institution cléricale est Dieu et doit dominer toute sa vie. L’Eglise, on ne la quitte jamais puisque c’est l’humanité en réalité. Avec toutes ses différences, ses richesses, ses ambiguïtés, ses paradoxes.
    C’est surtout sortir de la soumission au clergé comme pouvant ordonner et décider entièrement de ce qu’est et sera un individu dans toutes ses acceptions.
    Une fois que tu dis non à ce contrôle totalitaire sur ton être, tu reprends ton autonomie et surtout tu reprends un contact avec Dieu en tant que tel et non comme la marionnette du clergé. Tu te rappelles des ventriloques. Le clergé me fait penser au ventriloque qui veut faire parler une marionnette. Le clergé capture Dieu, l’instrumentalise en essayant d’en faire sa marionnette qui dirait quoi dire et quoi faire aux autres. Et quand le clergé est confronté à ses agissements criminels, il se défausse sur sa marionnette.
    Or Dieu n’est pas une marionnette. Lorsque le clergé en fait une marionnette, il ne fait que mettre en scène ses propres appétits de pouvoir totalitaire.
    Dieu n’a rien à voir avec ces appétits. Il est complètement hors de ces schémas.
    Donc quand on s’émancipe d’une direction totalitaire cléricale, en fait, on se redonne la possibilité d’entendre Dieu différemment de la marionnette cléricale. Et de vivre sa spiritualité avec un Dieu débarrassé de toute forme d’instrumentalisation. Et là, on redécouvre une spiritualité qui nous montre au contraire qu’il n’y a pas les bons d’un côté, les méchants de l’autre, mais des personnes toutes en chemin, profondément aimées où elles en sont et comme elles sont. Que chacun a sa dignité, sa beauté et que l’on a pas trop d’une vie pour apprendre à connaître et aimer et se laisser aimer par Dieu et soi et le monde.

    Le clergé, il a dès les débuts institutionnels, recruté des enfants qu’il achetait à leurs parents. Dans les premiers récits de saints, on voit ces recruteurs d’enfants qui prétendent que telle petite fille, tel petit garçon est un futur saint, une future religieuse, un futur moine…La fascination des parents pour cette révélation va permettre ce recrutement monnayé parfois par le clergé pour disposer entièrement de ces enfants. Corps et âme. A partir de là, le délire de domination va aller jusqu’aux abus et viols. Quand les limites sont franchies, il n’y a plus de limite. Le contrôle totalitaire fait partie intégrante des fondements de l’institution cléricale.
    Bien sûr, on ne nous en parle jamais. Mais c’est une réalité sue et connue au sein du clergé.
    Depuis très longtemps. Et qui constitue pour au moins les hauts-clercs, un privilège. Et non un péché.
    Le péché de chair, c’est pour le reste de la société. Le clergé se vit dans un état supérieur hors des autres. Dans une sphère où la sexualité cléricale est dite sacrée. Donc divine. C’est au nom de cette sexualité sacrée que le prêtre est toujours un homme parce que sa semence masculine est définie comme la semence divine. Tu vois le délire???. Donc qui ne peut pas être refusée et encore moins par des enfants devant respect et obéissance à leurs maîtres appartenant au clergé.
    C’est aussi au nom de cette semence divine que le viol des religieuses, des femmes, des petites filles est acceptable. Et que le sang des règles des femmes est vu comme un obstacle, un rejet de la semence divine.

    Moi j’aimerais qu’on parle de ça parce que tant qu’on ne dit pas les choses clairement,quitte à être un peu cru, on continue à cautionner plus ou moins crimes et dérives. Parler clair, permettrait véritablement d’avancer sur ces questions. D’aborder le noeud gordien et donc de le dénouer.

    Tant qu’on continue à dire…dérives, clergé qui ne s’applique pas ce qu’il préconise…on ne dit pas complètement les choses telles qu’elles sont. Parlons vrai, parlons des croyances du clergé qui pense sa semence et sa sexualité comme relevant du sacré et lui donnant en toute impunité accès au corps d’autrui sans limite, sans consentement.

    Là, on dit vraiment les choses et on peut véritablement s’interroger sur comment une société considère que le clergé ou une frange masculine de la société peut s’arroger le droit de penser que sa sexualité est au-dessus du commun et que parce que hommes religieux ou disposant d’un pouvoir politique, économique, financier, culturel, social, ils peuvent violer, abuser sexuellement des enfants, des jeunes et des tas d’autres personnes.

    Dieu n’a jamais défini un clergé masculin comme disposant d’une sexualité sacrée pouvant être imposée à tous.
    La sexualité suppose un véritablement consentement de deux personnes adultes. Sans consentement, c’est un crime.
    La sexualité est sacrée à partir du moment où il y a amour et consentement, donc profond respect mutuel.
    Ce n’est pas un titre clérical, un titre de propriété, un titre bancaire ou commercial, ce n’est pas le genre masculin ou féminin qui définit si la sexualité est sacrée ou pas.

    Tu vois, pour le moment, ce qui m’énerve, c’est que personne ne parle de ça.
    On voit tous les gens qui découvrent ces atrocités pleurer, gémir sur les causes, les conséquences, les faits mais personne n’aborde le sujet de la sexualité comme elle est vue à l’intérieur du clergé et comme elle se définit hors normes, hors la loi et comment elle se pare des habits de la vertu et de la sainteté et du sacré alors qu’elle relève bien souvent de l’abus de faiblesse, du crime crapuleux.

    Carmelo Abbate en avait un peu parlé, mais on va dire que pour le moment, c’est pas franchement ce qui domine en terme de parole publique sur ce sujet ô combien sensible. Or c’est un aspect central du problème. La sacralisation de la sexualité du clergé qui considère donc que la sexualité qu’elle impose, qu’elle vit, est au-dessus des lois et sacrée. Relevant d’un droit divin.
    Qu’elle ne peut donc y renoncer ni la punir.
    Ce qui explique toute la langue de buis sur le sujet, toutes les circonvolutions pour dire que on va punir mais qu’on verra au cas par cas, qu’on se réfugie derrière la justice pénale, qu’on verra au plan hiérarchie cléricale si on peut et si vraiment on doit punir le clerc…les clercs…

    L’objectif clérical est plus de gagner du temps, d’enterrer le crime avec quelques larmes de crocodile, messes de réconciliation, demandes de pardon faciles, mais rien de concret n’aboutit réellement au sein de l’institution. Parce que véritablement, les hauts-clercs ne veulent pas que ça change.

    Si changement il y a, ça ne peut venir que de la société civile, donc de nous tous et toutes.
    Hors de là, ces pratiques criminelles continueront. Et c’est la même chose dans tous les corps institutionnels comme les cercles de pouvoir quels qu’ils soient.

    Toujours se rappeler: le pouvoir corrompt. Mais le pouvoir absolu corrompt absolument.

    Bises, Pascal!

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  3. Comme vous avez raison de soulever le problème de la sexualité des clercs de l’Eglise catholique! Je pense également que le fond du problème est là et qu’il est temps de le crier et de le dénoncer haut et fort.
    Mais qui osera aborder ce sujet? Quelle personne d’importance aura le courage de parler de la vision du sexe chez les prêtres? Et quels en seraient les effets si le peuple était informé?
    Quand on songe à la pédophilie dont la faute a été attribuée au démon (!) et au livre de Martel dont plus personne ne parle aujourd’hui et que l’Eglise catholique a superbement ignoré, je doute que le peuple puisse faire bouger quoi que ce soit. La seule chose à faire est de laisser tomber cette entreprise qui n’a été que tromperie, mensonge, dictature et discrimination. Je m’étonne d’ailleurs que personne n’ait songé à la dénoncer au comité des Droits de l’Homme pour tout le mal qu’elle a fait au cours des siècles.

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    1. Bonjour Marie-Claire

      Je ne pense pas qu’il faille attendre qu’une personne d’importance en parle. Il faut que nous en parlions nous, les sans grade. Provoquer le débat dans nos paroisses, nos diocèses, devant les médias si ceux-ci nous interrogent, ici aussi, sur différents médias cathos. Sans ça, rien ne bougera. Si nous devions attendre qu’un ponte ou un responsable en parle, on peut attendre jusqu’à la St Glinglin. Faut parler simplement de cet aspect, qui n’est d’ailleurs pas l’exclusivité du clergé catholique loin de là (tous les clergés sont traversés par ces mêmes croyances, de même que toutes les instances de pouvoir essentiellement masculin). Au bout d’un moment, ça finit par interpeller, questionner et finalement le clergé est sommé de s’expliquer.

      Pourquoi personne ne dénonce ces pratiques? Parce que le clergé catholique représente financièrement, politiquement, historiquement un poids conséquent. Moins qu’autrefois c’est sûr…mais c’est un corps institutionnel utile. Un influenceur ou un facilitateur d’entreprises diverses politiques comme commerciales ou industrielles. Mettre le Vatican au TPI par exemple, l’ONU y a pensé mais n’est jamais allé au bout parce qu’il y a des intérêts financiers en jeu.
      Aujourd’hui le comité international des victimes de prêtres travaille à cette démarche.
      Et travaille un peu ces questions. Mais c’est très lent.

      Il a fallu déjà que les victimes comprennent qu’elles n’ont rien à attendre du clergé. Ca a pris plusieurs décennies. Et il faut aussi qu’elles comprennent qu’elles doivent aller au bout de l’entreprise judiciaire internationale. Que ce n’est que comme ça qu’elles obtiendront gain de cause. Et qu’il n’y a pas d’atermoiements à avoir. Le clergé a-t-il eu des scrupules quand il violait, dissimulait les abus et intimidait les familles, les victimes, pour que ça ne se sache pas?

      Il faut je crois, avant de faire tomber l’institution (parce que les croyants victimes feront tomber l’institution en la mettant au pénal international), la mettre face à son histoire réelle (pas écrite par elle et ses collaborateurs façon roman héroïque) et ses agissements.
      Il faut raconter l’histoire du recrutement des enfants par le clergé, des manipulations, des viols et abus dès le début de l’institution et comment ça n’a jamais abouti à des punitions au plan pénal et institutionnel, parce que la semence cléricale et la sexualité cléricale se définissent comme divines, sacrées. Et que le sacré est intouchable.
      Se sont les historiens des religions qui peuvent faire ce travail.
      Pas des théologiens bien sûr. Mais là, au moins, avec des historiens des religions, les croyants seront réellement informés sur leur religion. Ils auront la version exacte. Pas celle abusive qui leur est toujours servie, façon roman héroïque.
      Et là, ils pourront savoir à quoi réellement ils adhèrent. Et si cela correspond vraiment à leur foi et convictions. Je doute fortement qu’une fois informés, ils continuent à adhérer à un clergé qui n’a eu de cesse d’exercer son totalitarisme par tous les moyens.
      Mais ça ne vaut pas que pour le catholicisme. Ca vaut pour l’ensemble des religions ayant un clergé.

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