Mère, je dérive

Mère, je dérive

 

« Ta présence m’a manqué à peu près comme l’air manquerait aux oiseaux pour soutenir leurs ailes. »

Philippe Vall

 

Je traîne ma blessure, grosse comme un paquebot dans un verre d’eau. Depuis, je tâche de l’anesthésier, à défaut de la cautériser. Tâche ardue, cent fois reprises. Avortée entre deux fuites, deux verres, deux colères. Vert de rage, entre deux larmes. Si longtemps enfuie. Je vous jure tout va bien, voyez mon large sourire.

Figé, mutique, prostré. Dans la rue, dans mon lit, à la fête. Ne pas crever comme ça, se relever encore. Jusqu’à désespérer, d’un jour y parvenir. Se relever encore, me dis-je. Enfer, et contre tous. Je le sens, là en moi. La pression est trop forte, l’angoisse trop suffocante. Je vais m’effondrer, une fois encore revivre le passé.

Rien de tout cela n’est possible, rien de tout cela n’est arrivé. Je le sais, je le dis, je le répète. Silence sur toute la ligne, les miens le savent bien. Tous savent, savent qu’il ne s’est rien passé. Chacun muré derrière un sourire, une haute façade grise. Grise mine, je vais exploser. Cela ne se peut, rien n’est arrivé. Ciel bleu, pour seule vérité.

Cœur en étau, honte et culpabilité. Mais où est-donc passée l’estime de moi ? Je suis comme mort, coupé en deux. De mes émotions, juste un corps lourd. Un cœur dur, insensible. S’il était possible, mourir pour de vrai. En finir avec cet être en charpie, ces matins monotones. Et ces nuits insoutenables, d’insomnies sans fin.

Tu n’as pas su m’aimer. Me féliciter ou m’encourager. Me donner l’élan et le souffle. M’aider à grandir, à partir. Tu n’as pas su me donner la vie. Ô misère ! Je me suis alors enfermé, pour ne plus souffrir. Abandonné, à ce mal qui me ronge. Telle est la vérité inaudible, que je me cache.

J’hurle en silence, tout va bien. Mère, où étais-tu ? Que faisais-tu ? Quelle fut ta vie ? Père, qui es-tu ? Que faisais-tu ? Quelle fut ta vie ? Maison de fou. Sous le même toit, la vie étouffe. Et personne ne sait. Déflagration lente, le monde s’obscurcit. Des décennies, pour oser le dire.

Depuis, je tente de me refaire une santé. De m’offrir une seconde vie, tirée de la nuit obscure. À tire d’ailes, à partir de la blessure. Je tente de prendre mon envol. De remettre en question, enfance, religion, famille. Partir seul sur la route, désœuvré. En quête d’une source, où l’eau coulerait enfin dans mes veines. Troquer la souffrance indélébile, pour un peu de légèreté. Sans oublier le chemin parcouru, que je suis seul à connaître. J’ai manqué de parents, je désire que la vie me comble.

Pascal HUBERT

 

 

Écrit sur la musique des Scorpions…

 

 

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