Haro sur « Les Hérauts de l’Évangile »

Haro sur « Les Hérauts de l’Évangile »

 

Haro sur les Zérauts. Quand j’étais jeune, j’adorais Zorro. Et ses aventures de cape et d’épée, qui sentaient bon la défense de la veuve et de l’orphelin. Mais avec les Hérauts, c’est tout autre chose. Ils ont bien la cape, mais ont remplacé l’épée par la croix. Pas sûr qu’ils soient aussi désirables.

Il s’en passe décidément des choses étranges dans le bercail de l’Église. S’il n’y a qu’un seul berger, les brebis ne se ressemblent guère. L’Évangile mis à toutes les sauces, il est bien difficile d’y retrouver ses jeunes. Dans la maison du Père, on s’y perd dans les arrières-boutiques de la Tradition. Certaines difficilement conciliables, pour qui tente d’y voir clair.

Jetons un œil sur nos héros du jour. Une congrégation religieuse brésilienne, fondée par Mgr João Scognamiglio Clá Dias et approuvée par Rome comme il se doit, le 22 février 2001. Majoritairement laïcs, reconnaissables à leur habit brun et blanc, avec une grande croix gothique sur la poitrine. Fidèles de droit pontifical, zélateurs du culte marial. Émanation de la « TFP » brésilienne. Entendez « Tradition. Famille. Propriété ». Tout un programme. Ils s’inspirent du modèle de l’Opus Dei, fondé en Espagne en 1928 par José Maria Escriva de Balaguer. Tout est dit, ou presque.

Dans le trousseau de l’ « Épouse du Christ », voilà encore un « nouvel instrument de Sainteté ». Merci Jean-Paul II, une fois encore. Pour vos innombrables bienfaits, vous voilà sanctifiés. Sans oublier Benoît XVI, qui avait loué nos fidèles chevaliers dans un livre-entretien : ‘Lumière du monde. » Décidément, l’unité en Christ a bon dos, dans cette Église disparate. Ces curieux apôtres de l’Évangile « se fixent pour objectif d’être un instrument de sainteté dans l’Église en favorisant l’unité intime entre foi et vie et en agissant pour l’évangélisation des réalités temporelles, surtout à travers l’art et la culture » (Repertoire des Associations Internationales de Fidèles). Ben voyons, à la longue, vous nous fatiguez.

La réalité, comme d’habitude, est bien plus triviale. Bien plus inavouable, derrière les mots savamment mensongers. Depuis des siècles déjà, que les héros de tout poil ont été posés sur l’autel de nos Églises. Pour impressionner le chaland, faire fléchir le pécheur. Des flammes de l’enfer, l’Église aura su abuser. De l’impossibilité de penser par soi-même, les mouvements et communautés auront su nous convaincre. Aujourd’hui, voilà donc le tour de nos « Hérauts de l’Évangile », nouvelle reprise des Croisés du Moyen âge. Avec leurs prêtres rien qu’à eux, surmontés d’un col romain on ne peut plus orthodoxe.

Que leur reproche donc le Vatican, après les avoir bénis au nom de Dieu ? Terminé la « nouvelle évangélisation », la fidélité au pape, la dévotion à Marie ? Le beau blason de nos chevaliers serait-il terni par quelque turpitude ? Faut se cramponner à sa chaise, pour ne pas tomber de haut : le Vatican aurait ouvert une enquête sur certains agissements. Rien moins que des séances d’exorcisme, au cours desquelles les officiants dialogueraient avec le diable !

Les voilà donc sous l’autorité d’un commissaire pontifical. On est plus à une mise sous tutelle près, à la réécriture de l’un ou l’autre statut, ni à une mise à l’écart d’un fondateur. Faut croire que les victimes commencent à peser, dans la balance des oubliés. Que la Sainteté tarde à venir, dans cette Église donneuse de leçons. Et comme d’habitude, dans le langage ecclésial de buis : « Les motifs d’une visite apostolique, puis la décision de nommer un commissaire pontifical sont liées aux lacunes concernant le style de gouvernement, la vie des membres du Conseil, la pastorale des vocations, la formation des nouvelles vocations, l’administration, la gestion des œuvres et la collecte des ressources. »

Bah, c’est que, « dans ce cas également, comme dans d’autres cas similaires, la décision du Saint-Siège ne doit pas être considérée comme une punition mais comme une initiative visant le bien des institutions concernées pour tenter de résoudre les problèmes existants » (Vatican News, 28 septembre 2019). Pas de panique, vous n’êtes pas les premiers. Après relifting, vous pourrez poursuivre votre route. C’est fou les couleuvres que l’on peut avaler lorsque l’on ne possède pas les clefs de la novlangue du Vatican. Comprenez : « Le bien de l’Institution. » Tout est là, dans ces quelques mots. Depuis l’avènement du christianisme déjà, les dégâts collatéraux ne sont rien.

Bon, le Vatican n’avait rien vu jusqu’il y a peu. Avant la visite apostolique, débutée en 2017. Il est bien trop loin du « peuple de Dieu », pour y voir clair. Descendons alors, sur le terrain pastoral des Évêques. C’est bien connu, « les pasteurs doivent se pénétrer de ‘l’odeur de leurs brebis’ » (Pape François). Pourtant : rien, là non plus, personne n’a rien vu, silence radio. Serait-ce devenu une habitude, cet aveuglement séculaire ?

Encore une secte dans la bergerie, qui aura essaimé librement dans le monde entier… Tous ceux qui prétendent parler au nom de l’Évangile, pour légion qu’ils soient, sont décidément bien dangereux… Ils viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans ce sont des loups…

Pascal HUBERT

Non, l’Église n’est pas une secte…

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