Marie, Mère des causes perdues

Marie, Mère des causes perdues

« Demain je veux aller prier la Vierge pour qu’elle protège toute la ville de Rome. »

Pape François

 

M’est parvenu du fond des âges, une prière du fond de la chrétienté. De l’humble et silencieuse Vierge Marie des Évangiles, nous voilà parvenus à une Mère dévouée à toutes les sauces dogmatiques. Une mère mise à l’avant-scène, pour défendre quoi ? Une étrange conception de la vie, et du prêtre…

Ainsi, cette prière récente trouvée dans le bulletin paroissial d’un secteur rural du diocèse de Vannes, en Bretagne. Une prière d’intercession à la Vierge Marie, pour sauvegarder la sainteté de nos chers prêtres. En voici le premier complet : « Vierge Marie, mère des prêtres. Apprenez-nous à les aimer. À les comprendre, à les aider. À n’être pas pour eux des traîtres. »

Surtout ne pas les critiquer, cela serait calomnier. Une certaine conception du monde, quand le sacré était encore intouchable. Un monde céleste, loin de nos conceptions profanes. Je songe à nos aînés qui ont cru, de bonne foi. Culpabilisant de vivre leur vie, avec ses désirs et ses douleurs. Confiants dans nos bons prêtres, ils ne savaient rien alors de leurs saintes dérives, se frappant la coulpe de ne jamais être à la hauteur. Il suffirait alors de prier Dieu, ses Saints et… la Vierge Marie.

Me remonte à la mémoire une ancienne prière, tout aussi symptomatique de nos vieilles superstitions. Celle de Saint Bernard de Clairvaux, pour qui la Très Sainte Vierge Marie ne pouvait abandonner ceux qui prieraient son intercession, incapables d’affronter seuls la vie et ses tourments : « Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu’on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance ou réclamé votre secours, ait été abandonné. »

Une prière que j’ai récitée tant de fois, avec une foi à toute épreuve, malgré les doutes lancinants. Marie me défendrait du désir, du péché, de la vie. Ni Dieu, ni totalement humaine, intercessrice bienveillante entre nos deux mondes inconciliables. C’est incroyable les croyances ainsi inculquées, dès le plus jeune âge parfois. Se déconditionner ensuite devient alors une véritable épreuve. Même le pape François n’a pu résister à répéter comme ses prédécesseurs : se mettre sous la protection de la Vierge. Car, « Dieu ne s’est pas passé de sa Mère », et à ce titre, nous aussi en aurions besoin, encore plus.

Ainsi, les titres donnés à Marie sont pléthore. « Médiatrice », « Co-rédemptrice » ou « Avocate ». De Lourdes à Medjugorje, en passant par Beauraing. Tous les Évêques l’invoquent, pour attirer ses faveurs. Elle est désormais sur toutes les lèvres, des plus progressistes aux plus intégristes. Ah, Marie la chaste, Marie la Vierge, Marie la pure. La bonne affaire, pour camoufler ses propres turpitudes, sous la robe conciliante de l’Immaculée Conception. Et faire du prêtre un être « asexué », et de la gent féminine un « génie féminin ». Le premier tout dévoué à Dieu, la seconde toute dévouée à son époux.

Te voilà dogmatisée Marie. Mère de Dieu et Mère de l’Église. Et la prière du fond des âges, de se terminer ainsi : « Contemplons en leurs traits le Maître. Qui par eux nous donne de paître. Vierge Marie, mère des prêtres. Apprenez-nous comme il faut être. » Désormais, il est pourtant bien certain que le prêtre a perdu de son aura sacrée. Le « surhomme » est tombé de son piédestal, après avoir culpabilisé tant d’âmes depuis des siècles. Et les bonnes du curé, restées si longtemps dans l’ombre du péché.

La litanie des saints est longue, interminable dans l’Église. Aussi longue désormais que celle de ses turpitudes. Par cette longue invocation, l’Église de la terre appelle à son aide l’Église du ciel. D’abord elle s’adresse à Marie, mère de l’humanité pour qu’elle intercède pour nous, puis sont invoqués les apôtres, les martyrs, les missionnaires, les docteurs de l’Église, les saints des diocèses. Chaque invocation est ponctuée de la demande : “Priez pour nous.”

Moi aussi, j’ai une humble prière, surgie de mes laborieuses remises en question. Je vous en prie, cessez de prier la Vierge et de vous sentir persécutés, et agissez enfin ! Cessez de voir les turpitudes du monde, et regardez enfin vos propres crimes. Cessez de nous faire croire que Marie serait la seule Vierge que vous sachiez aimer. Bref, cessez de nous faire la morale qui ne trompe désormais presque plus personne.

Marie, Mère des causes perdues, peux-tu leur faire entendre raison ? Puisqu’ils savent si bien t’invoquer, peut-être auront-ils à cœur de t’écouter ? Peux-tu leur adresser cette simple prière, on ne peut plus terre à terre ? Ou leur logorrhée ne serait-elle qu’un écran de fumée, une mascarade destinée, depuis la nuit des temps, à nous faire prendre des vessies pour des lanternes ? Je laisse à nos bons prêtres, tout emplis de la Vierge Marie, le soin de nous répondre, en âme et conscience…

Et, pour vous forger votre propre conviction, je ne saurais (vous) achever sans vous offrir gracieusement l’intégralité de cette prière à la « Vierge Marie, mère des prêtres » :

Vierge Marie, mère des prêtres

Apprenez-nous à les aimer
À les comprendre, à les aider
À n’être pas pour eux des traîtres

À n’être pas comme un bélier
Qui donne de grands coups de tête
Sur un obstacle qui l’embête
Qui s’énerve et tape du pied.

Mais que l’on soit brebis fidèles
Obéissantes, non rétives,
Humbles, dociles, attentives
À leur rendre la vie plus belle

Puisqu’ils ont renoncé pour Dieu
Et pour nous aux joies d’un foyer
Plutôt que de les ennuyer
Et leur rendre le monde odieux

Soyons pour eux pleins de tendresse,
Pleins d’attention, de gentillesse,
De respect, de délicatesse,
Bannissons tout ce qui les blesse.

Contemplons en leurs traits le Maître
Qui par eux nous donne de paître.
Vierge Marie, mère des prêtres
Apprenez-nous comme il faut être.

Pascal HUBERT

 

 

« Ô Marie, Vase d’élection, châtrez en moi l’humanité, faites moi eunuque parmi les hommes, afin de me livrer sans peur le trésor de votre virginité ! »

Emile Zola, La faute de l’abbé Mouret

 

 

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4 thoughts on “Marie, Mère des causes perdues

  1. Qu’il fait bon aimer et être aimé par une femme invisible mais toujours là, parfaite et silencieuse.

    Par contre, la femme en chair et en os, celle qui vit dans notre monde est interdite à ces hommes. L’Eglise la considère comme inférieure, tentatrice, pécheresse, diablesse et sorcière.
    La preuve c’est que cette femme-là n’a pas sa place dans l’Eglise catholique!

    Liké par 1 person

  2. Hello Pascal!

    Marie a été le meilleur outil de diffusion du catholicisme.
    Au départ, elle a été insérée dans le culte pour rappeler Gaïa/Isis, façon vierge noire ésotérique, favorisant les grossesses, le retour de l’amant perdu, l’amour, guérissant les maladies, etc. Et puis le clergé est passé à la vitesse supérieure de contrôle et de conversion avec les croisés qui ont jeté de falaises escarpées des jeunes filles qui venaient chercher des enseignements auprès de vieilles femmes sur la sexualité, la gestion d’une grossesse, d’un accouchement, savoir soigner. Et brandi que la seule déesse valable était la mère de Jésus parce qu’elle n’avait pas de sexualité et qu’elle était femme soumise et mère dévouée. Ou comment ramener les femmes à la soumission aux hommes en les terrifiant, en faisant des exemples et en les culpabilisant.
    Les rochers appelés sauts de la pucelle rappellent encore ces dramatiques évènements.
    Mais aussi les chasses aux sorcières.

    Sans compter tous les moyens de rétorsion et d’assujettissement que le clergé a aidé à mettre en place contre les femmes. Tout en brandissant toujours l’image asexuée et désincarnée de Marie comme modèle, guide, etc.

    La prière que tu nous livres est très significative en se servant de Marie comme outil de soumission des croyants au clergé. Les apparitions mariales ont servi les mêmes buts. Elles ont redoré le blason, permis une reconquête du clergé sur le peuple.

    On est donc plus avec Marie dans la stratégie commerciale et le fantasme de domination.
    Psychologiquement, ça en dit long sur la psyché cléricale et masculine.
    Et ça suggérerait une sacrée grande lessive thérapeutique, comme disait le curé de Cucugnan…

    Bon week-end, Pascal!

    Bises
    Françoise

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