Renaître, après un si long silence

 

Renaître, après un si long silence

 

Les orchidées volantes. Dernier livre, dont l’auteure, Marie Murski dira : « Le voici paru, ce manuscrit écrit avant que ma ligne d’écriture ne soit brisée, caché durant des années dans une souche d’arbre, près d’une rivière, avec mes carnets, le chargeur et les balles du fusil. »

 

Tout part souvent de l’enfance

Le récit est prémonitoire et inspiré d’une histoire vraie. La sienne et celle de Francis Heaulme, tueur en série français, surnommé le « routard du crime ». Enfant délaissé par ses parents, atteint du syndrome de Klinefelter. Il subira en raison de son apparence les moqueries et les coups de son père, qui l’enfermait à la cave. Il devient alcoolique et déséquilibré durant son adolescence, ce qui le pousse parfois à enterrer des animaux vivants ou à se taillader régulièrement le corps avec des tessons de bouteille. Il commettra son premier meurtre le , trois semaines après le décès de sa mère qu’il adorait. S’en suivra un long parcours en déshérence, jusqu’à sa condamnation à perpétuité.

C’est que, comme nous le rappellent Cyrulnik, Salmona, Janov ou encore Winnicott, l’histoire d’un traumatisme conduit souvent à la maladie mentale, au suicide ou à la délinquance grave. Toujours, contre soi ou contre autrui.

Autre histoire, autre drame

Revenons à cette autre histoire de fous. D’une famille qui vit en autarcie dans une ferme, où se sont réfugiés les damnés de la terre. Et qui cultive rageusement des plantes qui, peu à peu, vont les dévorer : des orchidées. Autour d’un jeune homme Gabriel (et de sa fêlure), qui finira par mourir d’épuisement. Le reste de la famille poursuivra-t-il alors, jusqu’au bout, cette oeuvre de destruction ?

Le domaine se nomme « Les Tenailles ». Les locaux disent « Le bout du monde ». Page après page, pierre après pierre, la tension monte et le piège se referme peu à peu. Entraînant le lecteur dans des gouffres insoupçonnés. Folie, emprise et violence sont au rendez-vous de cette tragédie grecque. « Ailleurs, la montagne avance, les villages sont désertés l’un après l’autre, la végétation reprend ses droits et fait éclater les murs. »

Un livre d’anticipation, dans le genre du « nature writing », qui n’est pas sans me rappeler Sukkwan Island, de David Vann. Jim décide d’emmener son fils de treize ans sur une île sauvage pour y vivre dans une cabane isolée, durant une année. Après une succession d’échecs personnels, le père voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. Un séjour qui se transformera rapidement en cauchemar. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

« Relève-toi, je t’en prie, relève-toi… »

Cette digression pour mieux revenir à la propre histoire de Murski, née sous X. Victime d’un pervers narcissique, elle se retrouvera isolée des siens et du monde. Elle quittera son métier de sage-femme et ses projets d’écriture, pour se vouer corps et âme à son mari idéal et se perdre dans son jardin de fleurs de quatorze hectares. Au péril de sa vie. « Qui pourrait me croire si je racontais ? Je suis en enfer. Il crie si fort pour que je fasse ce travail, je cède, il me fait peur… s’il me voit inactive, il me tuera… » 

Murski décrira le processus implacable de la réclusion, de la violence, du décervelage durant quatorze années dans un livre puissant et terrifiant : Cris dans un jardin.

Depuis, cette survivante s’engage sans relâche contre les violences faites aux femmes. Et à toutes ses sœurs d’infortune, elle continue de leur dire : « Relève-toi, je t’en prie, relève-toi… »

 

 

Marie Murski, son roman « Cris dans un jardin », désormais adapté au théâtre :
Le teaser de Cris dans un Jardin : ici.

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