« Pays sans chemin » Krishnamurti

« Pays sans chemin »

 

Les culs-bénits sont imperméables, inoxydables, inexpugnables, murés une fois pour toutes dans ce qu’il est convenu d’appeler leur « foi ». Arguments ou sarcasmes, rien ne les atteint, ils ont rencontré Dieu, il l’ont touché du doigt. Amen. Jetons-les aux lions, ils aiment ça.

François Cavanna, Lettre ouverte aux culs-bénits

 

 

Toutes les Vérités se contredisent…

Nous le savons désormais avec certitude : toutes les Vérités tombées du Ciel – Moïse et la Torah, Jésus et les Évangiles, Mahomet et le Coran qui clôturerait la « Révélation » – ne sont que des inventions humaines, contraintes de se réformer sans fin. Si elles veulent survivre à leurs mensonges séculaires, accéder à un semblant de modernité.

Les dieux nous imposent leur Vérité et divisent les êtres humains, sans jamais apporter paix et progrès. Et, pour cause, derrière les dieux se cachent le pouvoir religieux. Rien que des hommes, à l’instar des sociétés patriarcales. Des hommes qui ont su sacraliser leur fonction sur une légende dorée, au point de prendre la place de leur dieu respectif. Chaque monothéisme est, à cet égard, riche d’enseignements. Derrière leur façade racoleuse, ils partagent tous les mêmes dérives : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais. » 

L’islam, dernière religion du Livre sur le marché des croyances, prétend même supplanter les deux premières, par la force si nécessaire. Grâce à une Parole qui aurait été dictée, mot à mot, à Mahomet par l’ange Gabriel. Et ça marche : en 2015, le nombre de musulmans dans le monde est estimé à 1,8 milliard, soit 24 % de la population mondiale, ce qui fait de l’islam la deuxième religion du monde après le christianisme et devant l’hindouisme.

Comme nous le rappelle José Saramago, prix Nobel de littérature en 1998, « il a été déjà dit que les religions, toutes sans exception, n’ont jamais servi à rapprocher et réconcilier les hommes, bien au contraire. Elles ont été et continuent d’être la cause de souffrances indicibles, de carnages, de violences physiques et spirituelles monstrueuses constituant l’un des plus ténébreux chapitres de la misérable histoire humaine. Ne serait-ce qu’en signe de respect pour la vie on devrait avoir le courage de proclamer en toute circonstance cette vérité évidente et démontrable… L’esprit humain ne manque pas d’ennemis, mais celui-là (le facteur Dieu) est l’un des plus obstinés et corrosifs ».

Il va sans dire que, au sein de chaque religion, les plus téméraires auront été et sont encore persécutés. C’est qu’il est souvent dangereux de sortir des cases assignées par votre naissance. Les athées, les homosexuels, les apostats, les femmes, mais aussi les philosophes, les scientifiques et intellectuels de tout horizon ont toujours payé un lourd tribut en critiquant l’ordre établi.

Alors, face à ce constat, quelle attitude adopter ? Inventer une nouvelle religion de « paix et d’amour » ? Réformer, encore et encore, chaque religion existante ? En d’autres mots, comment vivre ensemble notre humanité, dans ce qu’elle a de plus authentique, unique et potentiellement universel ?

« Pays sans chemin » 

Comment quitter nos particularismes étroits, sinon en embrassant pleinement ce qui peut nous rassembler enfin ? « Qu’est-ce donc ? », me direz-vous. Mais, je l’ai dit en filigrane : en vivant vraiment notre humanité. Non plus à partir de nos croyances, mais, au contraire, en nous dégageant d’elles. Et en laissant alors surgir ce qui monte nécessairement quand on se déconditionne d’une Vérité apprise d’un vieux Livre, mais jamais expérimentée au creux même de notre être.

De tout temps, des êtres humains sont ainsi partis à l’aventure, sur leur propre chemin d’humanité, se dégageant de l’influence inévitable de leur culture, de leur milieu social, de leurs croyances religieuses. Bref, de leur « identité première ». Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple parmi d’autres : Jiddu Krishnamurti.

De qui s’agit-il et en quoi peut-il encore nous parler ? « Après avoir publiquement renoncé, à l’âge de 34 ans, à la renommée et au statut de Messie qu’il avait gagné en étant proclamé la nouvelle incarnation de Maitreya Bouddha par la Société Théosophique, [Krishnamurti] passa le reste de sa vie à voyager autour du monde en expliquant aux gens le besoin de se transformer par eux-mêmes au travers de la connaissance de soi. Il a soutenu qu’un changement fondamental dans la société peut émerger seulement par un changement radical de l’individu, puisque la société est le produit des interactions entre individus. Bien qu’il ait été très sensible aux questions contemporaines au cours des décennies, ses réponses étaient enracinées dans sa vision intemporelle de la vie et de la vérité. En tant que tel, il a essayé de transcender toutes les frontières artificielles de la religion, de la nationalité, de l’idéologie, et du penser sectaire. »

Et voilà bien l’essentiel de « son » enseignement, rapporté en quelques mots : renonciation à un statut « donné », connaissance de soi et, dès lors, transformation par soi-même. Ce qui peut alors, et alors seulement, conduire à un changement sociétal intemporel.

Il va sans dire que Krishnamurti, refusant d’être un nouveau gourou, ne voulait pas de « disciples ». Au contraire, il affirmait que « dès le moment où l’on suit quelqu’un, on cesse de suivre la Vérité ». Il disait encore que « toute autorité de n’importe quelle sorte, spécialement dans le champ de la pensée et de la compréhension, est la plus destructive et la plus mauvaise des choses. Les meneurs détruisent les suiveurs et les suiveurs détruisent les meneurs. Vous devez être votre propre enseignant et votre propre disciple. Vous devez questionner tout ce que l’être humain a accepté comme valable, comme nécessaire ».

Entre peur et fidélité à soi

C’est ce que je m’efforce de faire, depuis que j’ai quitté la religion catholique. Celle qui m’avait été inculquée à la naissance, par mes parents. Celle que j’avais cru ensuite endosser librement, au point d’enseigner à mon tour le catéchisme aux enfants. Jusqu’au jour où je m’aperçus que j’avais revêtu un vêtement qui ne m’avait jamais appartenu en propre. J’avais seulement cru sur la « foi » d’autrui. J’entrepris alors un lent dépouillement de mes croyances, au prix de longs efforts et d’une véritable souffrance. Abandonner ce qui est le socle d’une vie – fusse par honnêteté à soi-même – est source d’un profond déséquilibre et d’un véritable combat intérieur. Comme toute remise en cause fondamentale de nos « idées reçues ». C’est pourtant ce qui m’aura permis de savoir qui j’étais en vérité et de marcher, désormais, sur un chemin de libération.

Que faut-il donc aux croyants pour abandonner enfin leur religion mortifère et oser marcher librement sur leur route ? Diderot l’avait déjà compris : « Ôtez la crainte de l’enfer à un chrétien, et vous lui ôterez sa croyance. » 

Le dilemme est là : les religions promettent la Vie éternelle pour qui croit, et l’enfer pour qui ne croit pas. Mais ont-elles jamais tenu leurs promesses « de paix et d’amour » ? Et que vaut une croyance fondée sur la peur ? Plus fondamentalement, ne s’agit-il pas de s’affranchir de nos conditionnements, pour vivre enfin d’expérience ? À chacun de se forger une opinion lucide, en âme et conscience. Et d’en tirer, au besoin, les conséquences…

Pascal HUBERT

 

 

 

Posons-nous les bonnes questions !

 

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