« Familles inces-tueuses. » Séverine Mayer

 

« Familles inces-tueuses. »

 

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« Le mouvement #MeToo a permis de faire parler des violences sexuelles faites aux femmes… Et la plupart des gens oublient que les enfants sont les premières victimes de violences sexuelles. »

Séverine Mayer

 

On sait aujourd’hui que la pédocriminalité fait d’énormes ravages dans l’Église. Mais, cela ne saurait occulter les milliers de victimes chaque année au sein de leur famille, du fait d’un voisin ou ami ou dans d’autres institutions. À n’en pas douter, aucun milieu n’est épargné.

Il est temps de briser le tabou, de sortir du déni. De donner, enfin, la parole aux victimes. À toutes les victimes.

 

« Familles inces-tueuses » est le livre-témoignage de Séverine Mayer. Survivante de 14 années d’inceste subies par son beau-père, avec la complicité sournoise de sa mère. Elle y décrit la mécanique implacable qui contraint une victime au silence. Et à une immense souffrance cachée jour après jour. Pour protéger qui ?

L’enfant violé, lui, doit se taire. 

Un livre douloureux et difficile à digérer, tant l’horreur est palpable et entraîne le lecteur dans des abîmes insoupçonnés. Un livre cru, écrit avec les tripes d’une femme qui tente de ne pas sombrer. C’est qu’un événement, en apparence anodin, peut être occasion de réveiller, encore et encore, la mémoire traumatique.

Ainsi, en 2015, alors qu’elle douchait sa fille à la veille de ses cinq ans : « Un corps de bébé, une bouille de bébé. Et alors que je croyais être devenue libre, la crasse est venue me frapper en pleine gueule. Des flashbacks, des images, des odeurs, des douleurs. Ses yeux à lui, à cette espèce d’ordure, sa voix… Et là, comme ça, alors que je ne demandais rien à personne, j’ai réalisé en regardant ma fille de presque cinq ans, que moi-même, je suis morte à quatre ans et demi, incestuée dans la salle de bain du foyer familial. »

Voilà l’horreur toute crue, en pleine face.

Oublier est impossible, alors il faut parler, écrire. Dire l’inceste, pour soi et pour libérer la parole d’autres enfants violés. Pour se reconstruire, ne plus vivre isolé du reste du monde. Mais, se relève-t-on jamais d’une enfance fracassée ? C’est un long chemin, que tente de parcourir notre narratrice.

Mot après mot.

« Très souvent, l’on m’a dit que je devais laisser tout ça derrière, ne plus en parler, oublier. Comme si cela dépendait de moi… je ne dois ma survie qu’au fait d’avoir parlé, de m’être racontée, d’avoir témoigné », écrit-elle. Se taire, c’est mourir. Et courir de dissociation en dissociation. C’est chose impossible à faire comprendre à qui ne l’a pas vécu.

La souffrance demeure, imprescriptible.

Ce livre est également un plaidoyer indispensable contre la prescription des crimes sexuels sur mineur. On sait mieux aujourd’hui le refoulement du trauma, le temps incommensurable de la prise de conscience. Sans compter le temps encore nécessaire pour oser livrer l’indicible. Alors que l’on aimerait tant oublier, que les autres pas plus que la société ne veulent briser le tabou.

Le trauma de l’abusé est bien imprescriptible. Il serait temps d’avoir égard à celui ou celle qui, trop longtemps, aura subi le crime et tenté de survivre à l’indéfinissable malheur. La victime n’est jamais coupable, devrait toujours être entendue face à son bourreau. Elle crève trop souvent sous la chape de plomb, au risque de se suicider parfois. « Et la voilà, l’horreur absolue, quand on a survécu : n’avoir jamais été cru, entendu, reconnu… »

L’indispensable libération de la parole.

Vous l’aurez compris, il est question de manipulation dans ce livre, d’absence d’humanité, de perversion et de silence. Et le menteur, dans toute cette histoire, ne doit plus jamais être la victime. Mais seulement l’abuseur et sa famille, qui cherchent à étouffer toute parole vraie et libératrice.

Des bouts de vie…

Une enfance marquée au fer rouge. Les mots de Séverine Mayer sont le fruit de ces souvenirs, une tentative désespérée de résilience pour vivre enfin. Loin de sa génitrice perverse, et de son beau-père abuseur. « Ma mère m’a trahie. Ma mère m’a abandonnée, ma mère aurait préféré que je me suicide, que je crève de désespoir, plutôt que d’admettre qu’elle a protégé un pédocriminel, un homme qui a torturé son enfant. »

Le viol des enfants est imprescriptible. Point.

Une dernière chose : il est impossible de bien parler de ce livre. Pour comprendre un peu, il faut le lire.

Pascal HUBERT

 

 

Inceste, que justice soit faite | Le monde en face, France 5

C’est l’un des tabous les plus tenaces de notre société, il concerne toutes les classes sociales, tous les milieux : 4 millions de Français ont été victimes d’inceste, deux enfants par classe en moyenne endurent ce crime familial à huis clos.

La quasi-totalité des victimes ne dévoile jamais leur terrible secret. Devenues adultes, seules 10 % d’entre elles se décident à faire éclater la vérité et à porter plainte contre le parent qui les a abusées.

Mais seules 2 % d’entre elles obtiennent réparation par une condamnation. Le chemin judiciaire des victimes d’inceste est un parcours du combattant. Émeline, Christelle, Céline, Maé et sa fille témoignent et racontent leur combat.

Débat à l’issue du documentaire « Inceste, que justice soit faite »

Livres de Sévérine Mayer : https://www.severinemayer.com/
Familles inces tueuses
« Familles Inces-tueuses » est une manière de décortiquer les mécanismes qui contraignent une victime d’inceste au silence. L’inceste est un crime qui prend racine au sein d’une famille et s’en nourrit, asphyxiant la victime qui se retrouve invariablement rejetée pour protéger le criminel qui est aussi mari et père. Cet ouvrage ouvre des portes vers une compréhension de ce qu’est le phénomène de mémoire traumatique, réactivée à l’occasion d’un ou plusieurs événements. Un questionnement « Mais pourquoi, Maman ? », quand on découvre que, finalement, on n’a eu qu’une génitrice, un ventre qui nous tient enchaîné au silence, à la souffrance. Ce livre est également un plaidoyer : si l’imprescriptibilité n’est toujours pas actée en France concernant les crimes sexuels sur mineurs, il existe pourtant des faits qui la justifient amplement et mériteraient d’être connus, de chacun. Survivante de 14 années d’inceste, Séverine Mayer lutte depuis plusieurs années pour le respect de la dignité des personnes vulnérables, notamment des victimes d’agressions sexuelles, des personnes migrantes ou des sans-abris.
La Parole (j’en parlais également ici.)

La parole est un témoignage, le récit des violences subies par une petite fille de la part d’un pédophile qu’elle devait appeler « papa ». Un récit sans haine, dans le but de dire ce qui s’est passé. C’est un livre de souvenirs, de ressentis et d’analyses, avec l’espoir de faire comprendre ce que vit un enfant condamné au silence. C’est dire avec quelles difficultés on devient un adulte amoché quand on n’a pas eu d’enfance, lorsque l’on a grandi dans la honte, la culpabilité et le mensonge. C’est le moyen de dire stop aux jugements, car quand il n’y a plus rien à espérer de ceux qui auraient dû demander pardon, que l’on vous jette la pierre pour avoir osé exprimer de la colère, de la douleur : c’est que le moment est venu de vider son sac et de ne plus être enchaîné au silence.

Stop Prescription : ou la perpétuité des victimes de pédocriminels

Ce texte a été écrit sur la base de témoignages de victimes ainsi que de ma propre expérience, à la suite du lancement de la pétition #StopPrescrition qui à ce jour 183000 soutiens. C’est un texte dur afin de faire comprendre l’étendue des conséquences (physiques, psychologiques, familiales, sociales, scolaires…) qu’endurent les victimes tout au long de leur vie. C’est dénoncer l’injustice abominable de ce délai de prescription qui permet à des criminels de se promener en liberté tandis que leurs victimes sont emmurées vivantes dans le silence et la douleur. Nous devons parler, nous voulons parler. Mais laissez-nous le temps d’être prêts à le faire. Car ceux dont il est question dans ce livre, sont des criminels, des violeurs d’enfants, des monstres, et que la société se doit de protéger ses enfants de tels prédateurs.

Emission radio Séverine Mayer

Enfin, la loi française a été (un peu) modifiée : LOI n° 2018-703 du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes

L’augmentation du délai de prescription pour les agressions sexuelles sur les mineur(e)s

Sur le sujet, nous invitons le lecteur à lire d’abord cet article antérieur pour aider à comprendre la problématique autour de la prescription (doc. ici) (cf. aussi ici).

Jusqu’à présent, quand un viol était commis sur un(e) mineur(e), le délai de prescription de l’action publique était de 20 ans, et le point de départ reporté à la majorité de l’intéressé(e). D’où, pour des victimes alors mineur(e)s, une possibilité de déposer une plainte jusqu’à 38 ans (18 + 20).

Cela fait que, par exemple, une femme peut à 35 ans porter plainte pour des agressions sexuelles déclarées subies à 10 ans, soit 25 ans après les faits.

La loi du 3 août 2018 porte le délai de prescription à 30 ans, toujours à partir de la majorité, donc jusque 48 ans.

Une femme pourra par exemple porter plainte à 43 ans pour des agressions sexuelles déclarées subies quand elle avait 10 ans, soit 33 ans après les faits.

Précisons que ce nouveau délai va immédiatement s’appliquer aux faits qui ne sont pas, déjà, couverts par l’ancienne prescription.

 

Un outil   pour tester la prescription dans votre cas  est mis à votre disposition par l’excellent site PAROLE EN MARCHE APRES L’INCESTE

 

Informations diverses :

AIVI

Inceste, pédocriminalité : pourquoi il faut changer la loi

L’affaire Flavie Flament, mais aussi plus récemment l’affaire Weinstein et le succès mondial du mot-clé #MeToo sur les réseaux sociaux (y compris ceux de l’AIVI) laissent penser qu’on approche d’un tournant et que la tolérance de la société pour les violences sexuelles est en chute libre.

La Ministre de la Justice et la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes ont annoncé un projet de loi à venir pour réformer le code pénal. Le Président de la République lors de son discours du 25 novembre a annoncé être favorable « à titre personnel » au principe de non-consentement avant 15 ans.

 

THEMA : « Crimes d’inceste » (2010) l’intégrale

Mathilde Brasilier : j’ai été victime d’inceste #touteunehistoire

Enfance Abusée : un documentaire poignant

Huit témoignages pour décrire l’horreur subie… Avec force, courage et pudeur. Pour les victimes, pour d’autres aussi… Parce que le silence tue, et que la honte doit changer de camp. Parce que l’enfant est toujours innocent, et qu’il faut lui rendre justice !

Parce que TOUT enfant abusé doit enfin oser PARLER !

Les huits victimes témoignant dans le documentaire Enfance abusée

 

 

N’hésitez pas à laisser sur mon blog un commentaire ou une suggestion…

ou à m’écrire à deviens.ce.que.tu.es333@gmail.com

 

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