De mutique à mutin

 

De mutique à mutin

 

J’ai parfois le verbe féroce, et l’humour noir. La blessure m’avait plongé dans un tel chaos intérieur. Un mutisme où le silence était roi, et l’enfant triste son plus fidèle serviteur. L’estime de soi et la confiance en l’autre, autre versant d’une même pièce maudite, semblaient irrémédiablement détruites. Le corps sait ce qu’est la destruction de l’être, l’esprit aussi qui tourne fou.

Il ne faut plus rien attendre de moi. Ni mot poli ni mot convenu. J’entends exercer ma liberté de penser et d’agir à ma guise. Quitte à déplaire, à choquer. Ma confusion fut totale, ma lucidité aussi. Je n’avais pas les mots, je n’avais que ma peine. Mais je ne parle pas pour blesser, seulement pour provoquer. Rien n’arrive jamais sans électrochoc, sans hérétique, sans trublion pour gâcher la fête.

Mais, soi-dit en passant, si vous me parlez de votre viol, de maltraitance dans l’enfance, de votre envie de suicide, de votre douleur inconsolable, de votre foi chancelante, je comprendrai sans jamais vous juger. Je sais ce que sont les nuits sans sommeil, les angoisses qui vous empêchent de vivre, le quotidien qui vous entraîne vers le fond, tel un boulet. Je sais ce qu’est perdre la foi. En soi, en l’autre, en dieu. Je sais l’indicible blessure.

Alors, épargnez-moi mon manque d’empathie, mon verbe féroce et mon humour noir. Je n’entends plus me justifier, ni vous supplier de m’aimer ni attendre dans vos yeux la moindre reconnaissance. J’ai surmonté l’attente, le besoin et ses tourments, épargnez-moi donc vos leçons de morale. Ce que je serais censé dire ou faire, cela m’appartient désormais.

Je mourrai comme j’ai désiré vivre. Entièrement libre, détaché de ce qui m’a si longtemps entravé. La pensée des autres, l’insécurité sans fond de l’enfance. Rien que trouver les mots pour me dire, me faire entendre, à défaut de me faire comprendre, fut un vrai calvaire. Un défi insensé avec lequel je pensais mourir. À tout jamais, puisque sortir de ses enfers ne va jamais de soi.

Alors de mutisme, il n’y aura plus. Alors mutin je serai, chaque jour davantage. À mesure que j’apprendrai à me connaître, à mesure que je parviendrai à muter. Comprenne qui pourra, qui est simplement passé par là. C’est qu’il n’est nul besoin de grands discours, seulement d’être tombé au fond du gouffre. Et de s’être relevé, jour après jour. Tel un résilient qui n’a désormais plus rien à perdre.

Mutique, je fus. Mutin, je suis. Je ne mourrai plus, avant d’avoir vécu. Depuis tout ce temps, à ne plus savoir. Moi qui, enfant, ne demandais rien d’autre. Libre enfin, insoumis toujours. Je ne mourrai pas en vain.

De mutique à mutin.

Pascal HUBERT

 

Les Blessures qui ne se voient pas

Il y a des souffrances qui pèsent des tonnes
Pour ne pas que tout espoir nous abandonne
On joue le rôle de celui pour qui tout va bien
Pourvu que les autres n’en sachent rien
On fait au mieux pour sauver la face
Pour que notre entourage ignore par où l’on passe
On rit on danse on fait les fous comme à Venise 
Mais quoiqu’on fasse mais quoiqu’on dise

Les blessures qui ne se voient pas
Nous font du mal bien plus que toutes les autres
On les enferme au fond de soi
Mais est-ce que toute une vie on les supporte ?

L’orgueil nous aide à tenir le coup

Apparemment on pourrait même faire des jaloux
C’est à nous même que l’on se joue la comédie
Pour s’inventer qu’on est guéri

Les blessures qui ne se voient pas
Nous font du mal bien plus que toutes les autres
On les enferme au fond de soi
Mais est-ce que toute une vie on les supporte ?

Ces blessures là
Qui ne se voient pas

Il y a des souffrances qui pèsent des tonnes
Pour ne pas que tout espoir nous abandonne
Il faut se dire que tôt ou tard on va guérir

Les blessures qui ne se voient pas
Parfois semblent avoir perdu nos traces

Et quand on ne s’y attend pas
Sans que jamais les autres le sachent
Elles remontent à la surface
Et nous fusillent une fois encore
Les blessures qui ne se voient pas
Qui nous font mal bien plus que toutes les autres

Ces blessures là
Qui ne se voient pas

par Florent Mothe

 

 

 

 

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