Plus fort que le silence

 

Lorsqu’elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s’avancer à leur suite la cohorte des bâillonnées, des mutiques, des exilés des mots…
ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance…
ceux et celles qui s’acharnent à se punir de n’avoir jamais été aimés…
ceux et celles qui crèvent de se mépriser et se haïr…
ceux et celles qui n’ont jamais pu parler parce qu’il n’ont jamais été écoutés…
ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte…
ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés pourrissant dans leur gorge…
ceux et celles qui n’ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse …

Charles Juliet, Lambeaux

 

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Qui n’a jamais connu le silence forcené ne saura jamais ce que signifie prendre la parole. Cet état inconnu de sidération, privé de mot, coupé de son être profond. La souffrance psychique est bien indicible, incommunicable. Elle colonise le corps et l’esprit. Le corps devient maladroit et l’esprit se fige. Le corps encaisse et l’esprit refoule. Le corps angoisse et l’esprit retient sous contrôle. Véritable bombe à retardement.

Qui n’a jamais connu l’envie de mourir ne saura jamais ce que signifie vouloir vivre enfin. Cet état permanent qui rend le quotidien insoutenable. La rencontre, la marche, la pensée. Tout est confus, tout est effort, tout est prison. L’invivable, jour après jour. Seulement quelque accalmie. Qui vous fait croire, à tort, que tout en vous aurait enfin changé. Demeure le désespoir, plus fort encore. L’impossible sortie à trouver. Le cercle vicieux qui peut vous rendre fou. Véritable bombe à retardement.

Qui n’a jamais connu la honte, la culpabilité, la solitude ne saura jamais ce que signifie l’estime de soi, la bienveillance, le lien. La muraille est si épaisse et si haute. Pour ne plus souffrir. Pour se couper du trauma originel. Vainement. Pour guérir peu à peu, retrouver le lien brisé, faire à nouveau confiance, un seul chemin possible. Laisser tomber la garde, descendre le pont-levis, se laisser toucher. Légère brise, souffle frais, espoir à nouveau.

Qui n’a jamais connu la maladie de l’âme ne saura jamais ce que signifie surmonter son inconsolable détresse. L’effondrement, la meurtrissure à l’intime, le silence, les non-dits, le déni. Juste un abîme à la place de l’enfance innocente. Juste un écartèlement de l’être, un éclatement de soi en mille morceaux. Des maux à perte de vue, des mots encore inconnus. L’inconsolable détresse, où chaque jour passé est un jour en moins.

Qui n’a jamais connu le mensonge ne saura jamais ce que signifie la vérité. Tout en soi  est brouillé, les cartes sont jetées en bataille. Le désordre en soi, chacun ment et se ment. C’est la nuit. Qui suis-je ? Est-ce normal ce que je vis ? Suis-je normal ? Mais, que m’est-il donc arrivé ? Ne pas avoir accès à soi, ne pas avoir accès aux autres. Tout est brume et confusion encore. Ne pas savoir, personne n’a rien dit. Qui n’a jamais connu le mensonge ne saura jamais ce que signifie la vérité.

Et plus fort que le silence, la parole ! Malgré l’enfance, les coups et les peurs. Malgré le repli, la maladie, renaître envers et contre tout. Et plus fort que le silence, la parole ! Penser à nouveau, sourire à nouveau, réapprendre à marcher. Surmonter le passé. Ne pas mourir avant d’avoir vécu.

Et plus fort que le silence, la parole ! Reprendre sa vie en main, repenser librement, faire la part de l’autre et de soi, se défaire du passé pour renouer avec l’instant présent. Refaire confiance, renouer avec soi et avec l’autre. S’éprendre d’amitié et se dire enfin. S’avouer fragile, partager l’intime de soi, se sentir renaître. L’autre est là, fait écho, se livre lui aussi. Force et grandeur du lien.

Et plus fort que le silence, la parole ! Incroyable vérité, imprévisible remontée. Après la nuit, le jour. Pour moi aussi, le monde s’offre enfin. Désir, paix, joie de vivre. Tout redevient possible, au moins par moment. Malgré la blessure. Long chemin, entrouvert enfin. Connaissance de soi et de l’autre. Mutation sans fin. Peu à peu la plaie se referme, les mots surgissent. La source est moins trouble, l’être se clarifie enfin.

Et plus fort que le silence, la parole ! La confiance en soi retrouvée. Le besoin de reconnaissance fondu. L’amour de soi renoué. Après l’enfermement, la prise de risque. Après l’enfouissement, l’audace récompensée. Je marche, je marche, je marche. Après les pleurs, les angoisses, la paralysie. Je vis, je vis, je vis. C’est vers là que je vais, encore et encore. Le désir, l’aventure, la liberté. À la mesure du silence mortifère, j’oserai la parole libératrice !

Plus fort que le silence infligé, la parole retrouvée !

Pascal HUBERT

 

 

À ceux qui crèvent de ne pas vivre, ne perdez jamais espoir…

 

 

 

 

Quand deux auteurs placent la peur au départ de leur pulsion créative et de l’acte littéraire qui sauve; quand le chanteur voit surgir la pensée, au delà des concepts et des mots, dans le mouvement du pianiste ou le geste du sportif; quand l’auteur et metteur en scène écrit d’abord pour celle et ceux qu’il va faire jouer. Métis, radical, réjouissant: c’est des mots de minuit !

 

 

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