Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

 

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

 

Le Dieu des religions expliquant de moins en moins le monde, le sens de la vie m’échappe de plus en plus. Ne pas avoir les clefs pour comprendre le pourquoi de la vie, le pourquoi de la mort. En y songeant un instant, cette réalité est effrayante, absurde, irréelle. Proprement vertigineuse. Ne pas savoir pourquoi nous sommes là. Être né un jour, mourir un autre. Et entre les deux, apprendre à vivre. Et entre les deux, que de questions sans réponse, que de souffrances et de larmes aussi. Passer sa vie à édifier et se construire, puis tout devoir abandonner. Ses proches, ses amis, ses biens.

Face à tant d’absurdités et d’ignorances, je comprends la tentation de croire en Dieu. Après le mal, le bonheur. Après la souffrance, la récompense. Après la mort, l’éternité. Mais Dieu n’explique pas la mort de l’innocent, les souffrances, le deuil, les horreurs sans nom. D’ailleurs, s’il existait, nous serions en droit de le savoir, de l’aimer en connaissance de cause, de ne plus nous tromper sur son compte. De ne pas laisser dire et faire en son nom tout et n’importe quoi. Nous serions en droit de comprendre. Un enfant seul, abandonné est en grande souffrance. Je ne comprends pas pourquoi Dieu nous maintiendrait ainsi dans l’ignorance, la souffrance, la peur de la mort. Pourquoi faudrait-il vivre cette pauvre vie s’il en existait une autre tellement plus riche, belle et heureuse ? Tout cela n’a pas de sens : la vie, la mort. Je ne puis rendre l’homme responsable, la femme moins encore. Je ne puis non plus rendre Dieu responsable.

Plutôt que d’inventer encore des chimères, je préfère ne plus savoir. Je préfère encore le tourment à la béquille, la plaie à la pommade, la blessure à l’anesthésiant. Je préfère encore être né sans Père plutôt que de m’en inventer un. Je préfère le réel à l’imaginaire, le vrai du faux, la lucidité à l’imposture. Existe-t-il une « Ultime Réalité » ? Je n’en sais rien, sans quoi je ne me poserais pas la question. Et les religions n’en savent rien non plus, sans quoi elles parleraient d’une seule voix. Sans quoi, il ne serait nul besoin de croire, nul besoin de foi, nul besoin de livres sacrés et de théologie. Sans quoi, il ne serait nul besoin de réformes, de rites, de prières, de dogmes. Tout cela est si vain, tellement puéril.

D’ailleurs, qu’est-ce qu’un Dieu qui exigerait d’être aimé ? Qu’est-ce qu’un Dieu auquel il faudrait se soumettre ? Qu’est-ce qu’un Dieu qui brandirait la menace de l’enfer ? Qu’est-ce qu’un tel Dieu sinon un tyran à l’image des hommes ? Un tel Dieu n’est pas aimable et n’a pas à être aimé. Pourquoi donc faudrait-il se soumettre à un être invisible, alors même que nous refuserions pareille soumission à l’égard de notre semblable ? Pourquoi accepter l’inacceptable sous prétexte que nous allons mourir ? Aimer semblable Dieu n’est pas de l’Amour, seulement la peur du bâton. Ce Dieu-là est pure invention des hommes, des religieux d’abord. Ce Dieu-là n’existe pas. Il est un conte pour ces adultes qui ont oublié de grandir. Vivre libre des dieux demande du courage, de la lucidité, de la ténacité. Mais il n’est pas d’autre voie, d’autre vérité, d’autre humanité à attendre. Nous avons à vivre avec le doute, la peur, la souffrance, l’abandon.

Nous avons à nous construire et à construire ce monde, comme l’on peut, tant bien que mal, avec courage et ténacité. Il nous faut vivre notre condition humaine. Comment faire la paix avoir soi, les autres, le monde ? Comment faire la paix avec la blessure, la vie, la mort ? Seuls la connaissance de soi, le désentravement de son être, sa propre humanisation peuvent apporter cette paix défaillante, guérir la part manquante, combler le gouffre, unifier la confusion. Non, les croyances religieuses n’expliquent rien, ne guérissent rien, ne changent rien en soi ou autour de soi. Elles aggravent, au contraire, les questions sans réponse. Elles rendent plus douloureuse encore la vie. De par leurs principes, leur morale, leur culpabilité, leur prétendu savoir. Elles rendent l’homme plus mauvais et malheureux qu’il n’est. Elles font de la femme l’impure qu’elle n’a jamais été. Elles divisent le monde et enlaidissent la vie. Elles enferment l’être humain dans un péché imaginaire, au lieu de le pousser à risquer librement sa vie. Elles ferment le chemin, au lieu de l’ouvrir sur l’immensité du réel. Elles soumettent, rejettent, condamnent, maintiennent dans l’ignorance et la peur. Elles sont l’exact opposé de la vie, de la liberté, du cheminement, du doute, du désir, de l’amour.

Ne plus s’inventer une vie, inventer sa vie. Ne plus être divisé entre foi et raison, s’ancrer dans la réalité de la vie. La vie n’est pas du côté de la tristesse et de l’expiation, elle est du côté de la joie et de la réalisation de soi. Les religions devraient admettre leurs erreurs, leurs tâtonnements, leurs méfaits. Plutôt que de les nier, de les cacher, de les minorer. Mais elles perdraient en pouvoir, en légitimité, en sacré. Aucune ne désire l’homme et la femme libres. Au fond, le but de la vie revient à aimer. Et il n’est nul besoin de religion pour aimer. Le reste est superstition, illusion, mort avant l’heure. Au fond, la question du sens de la vie naît du fait que la vie est. Et que cette réalité reste un « mystère ».

Comme l’affirme Comte-Sponville : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? C’est sans doute, philosophiquement, la question principale. (…) Aucune science n’y répond. (…) On a inventé Dieu pour y répondre. Mais cela ne résout pas plus le problème que le big bang. Pourquoi Dieu plutôt que rien ? [1] » Il a raison, il nous faut changer de paradigme, abandonner nos vieilles croyances, nous défaire de nos conditionnements. Mais il est vrai que le fait d’exister m’empêche de croire avec certitude que la mort est la fin de tout. Peut-être, mais peut-être pas. Puisque la vie existe, pourquoi ne se poursuivrait-elle pas autrement ? En quoi serait-il plus absurde de croire en une vie après la mort, alors qu’il nous faut constater que le monde existe sans justification ? Mais force m’est de constater que se payer encore de certitudes ne sert plus à rien, sinon à me mentir encore. Seul le silence sied donc, la contemplation, l’unification de soi. Après ? Je ne sais pas, je n’ai jamais su.

Alors, j’écris. Pour vivre, tenter malgré tout.

Pascal HUBERT

 

[1] André-Comte Sponville, Le goût de vivre et cent autres propos, Albin Michel, 2010.

 

Philosophe humaniste, André Comte-Sponville se définit comme un « athée fidèle ». Athée : il a abandonné la foi vers l’âge de 18 ans. Fidèle : comme tout homme de notre temps, il s’inscrit dans une histoire et une tradition judéo-chrétienne que nul ne peut nier. Il se livre à Emmanuelle Dancourt dans une interview inédite.

La philosophie comme art de vivre avec André Comte-Sponville

André Comte-Sponville – L’esprit de l’athéisme

Citations athées de grands écrivains et penseurs sur Dieu et la religion

Libres pensées sur… l’athéisme et les religions

 

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3 thoughts on “Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

  1. Bonjour Pascal
    Croire en Dieu est peut-être une tentation sécuritaire (rapport à la mort) pour certaines personnes, mais c’est surtout (enfin il me semble) une rencontre intérieure formidable, qui rejoint les liens que nous pouvons tisser avec d’autres humains mais sur un plan inédit. Une rencontre, un échange qui dépasse les affections et les cadres classiques; un lien qui nous ouvre et nous pousse à tout un tas de démarches, d’expériences, de rencontres. Qui se place sur un espace a-temporel et sans rapport avec tout ce qu’on peut établir de schémas, de théories, de trucs extravagants bien matérialistes ou prétendus spirituels, mystiques.
    Une fois qu’on est sorti du cadre dogmatique des religions, des espaces pseudo mystiques, sectaires et autres, où à un moment donné, on se rend compte qu’il y a tromperie sur la marchandise, il y a tout un univers qui s’ouvre. Et qui est une autre aventure passionnante si bien sûr, l’on décide de s’y engager.
    Ok, c’est un peu sauter du grand plongeoir, mais une fois qu’on est dans le rien et surtout qu’on accepte le rien, on a toutes les chances de découvrir le Tout.
    Je suivais l’autre jour un documentaire sur une femme ermite depuis plusieurs décennies en Ardèche (documentaire  » à l’écart » de Victoria Darves-Bornoz), qui je trouve, résumait assez bien le lien à Dieu, dans cet espèce de dépouillement, de radicalité silencieuse qui laisse toute la place au lien permanent. De la même façon, si on va voir des chamanes dans certains groupes humains, il y a cette dimension de dépoussiérage religieux pour accéder à une spiritualité de rencontre et d’accord profond, d’harmonie. Ce qui n’est pas du tout la démarche religieuse, beaucoup plus dans le contrôle, dans la recherche d’emprise.
    L’athéisme me semble plus une protestation ado, adulescente contre les tromperies et manipulations et instrumentalisations religieuses qu’un réel aboutissement spirituel. Pour moi, c’est une étape importante (dans la mesure où c’est conscient, argumenté, construit au plan réflexif, introspectif, philosophique, historique, sociologique) pour sortir des diktats et de ce qu’on pourrait appeler construction artificielle et infantile autour de Dieu, mais cette décroyance me laisse sur ma faim, en matière de spiritualité.
    Il y a trop d’inachevé, pas assez d’humanité.
    Nous sommes faits de liens, de rencontres. C’est ce qui nous nourrit, nous construit, nous fait avancer. Si l’on rate la rencontre, ou qu’on se la refuse pour être sûr(e) de contrôler encore une fois ce rien, que c’est dommage!
    Ceci étant dit, j’en parle parce que je l’ai faite cette rencontre majeure, ou plutôt, elle s’est imposée d’une certaine façon à moi, sans pour autant le faire de façon violente, intrusive ou abusive.
    Mais ça me paraît tellement évident comme étape suivante…

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  2. Chercher et vous trouverez,deemandez et vous recevrez,frappez et on vous ouvrira! Cette recherche sincère est essentielle;et elle nous mène un jour à découvrir ce Dieu qui aime les holmmes et qui pardonne.C’est une conversion du coeur ,Dieu qui est silence pardonne en une fraction de seconde;il se manifeste dans le secret.j’ai vécu ce pardon lors du sacrement des malades aprés une préparation que je désurais mais qui m’a été donné non par l’église mais parle Christ;Oui ce jour là je me me suis converti.Je pense qu’il vaut mieux regarder le Christ que son église pour rester libre interieurement.

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