« La Légion du Christ fonctionne en tout point comme une secte » Xavier Léger

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« La Légion du Christ fonctionne en tout point comme une secte. »

Xavier Léger

 

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« Et si Maciel, le psychopathe, le pervers narcissique, qui a passé sa vie à user et à abuser sans cesse des autres, s’était lui-même bercé d’illusion en imaginant avoir fondé une congrégation religieuse, et non une secte pour satisfaire ses propres désirs ? »

J. Paul Lennon

 

 

Si vous désirez comprendre le cléricalisme et ses dérives sectaires dans l’Église, avec leurs multiples facettes, commencez par la Légion du Christ. C’est un « cas d’école » tristement célèbre, dont la réalité des horreurs ne peut plus être niée.

Marcial Maciel, prêtre mexicain, décédé en 2008, est le fondateur en 1941 de l’une des congrégations les plus influentes de l’Église Catholique. Il fonda également le Regnum Christi, une association de laïcs ayant pour vocation l’évangélisation qui revendique plusieurs dizaines de milliers de membres.

Il est désormais devenu le plus célèbre « pervers sexuel, pédophile, bisexuel, psychopate, morphinomane, faussaire, plagiaire, usurpateur d’identité, menteur, manipulateur, intriguant, incestueux, escroc, voleur, criminel, apostat et sacrilège » de l’Église, comme le dénonce d’entrée de jeu Xavier Léger sur son site web lenversdudecor.org

Comme il le raconte sans langue de buis dans son livre « Moi, ancien légionnaire du Christ – 7 ans dans une secte au cœur de l’Eglise », Xavier a été légionnaire du Christ durant sept années. Il découvrira alors un système fait d’interdits et d’humiliations. Peu de temps après sa fuite salvatrice, le scandale finira d’ailleurs par éclater : le fondateur de la Légion, l’homme que tout légionnaire avait appris à vénérer, s’avère avoir abusé de plusieurs dizaines d’enfants et d’adolescents. [1]

Et c’est cet homme et son système pervers que le Vatican aura protégé envers et contre tout durant une septantaine d’années…

Comme le rappelle Xavier Léger dans son témoignage : « Selon les mots mêmes du Premier Chapitre général de la Légion, il est impossible de séparer la figure du fondateur de la congrégation elle-même. Dans la Légion, le père Maciel est le point central autour duquel gravitent toute la spiritualité et la discipline religieuse. En réalité, c’est par un tour de passe-passe que la Légion utilise le Christ et l’instauration de son Règne : être digne de lui, qui est notre objectif quotidien, légitime des milliers de règles et normes qui font de notre vie de légionnaire une succession d’épreuves et nous contraint à la soumission. »

Ainsi encore, « il y a beaucoup de choses qui mis bout à bout rendaient la vie tout simplement insupportable : le manque de sommeil, l’accumulation sans fin d’actes de piété, la lecture des lettres lénifiantes du fondateur, la séparation radicale d’avec le monde, le fait de ne jamais avoir un temps pour penser hors du cadre ou pour souffler un peu, les humiliations parfois très violentes de quelques supérieurs acariâtres… Mais je crois que cela [lire : ce] qui m’a fait le plus souffrir, c’est encore les systèmes d’autosuggestion nous obligeant à admettre que tout cela était la ‘volonté de Dieu’ », affirme-t-il.

Certes, dit-il encore, « il y a des degrés et des différences sensibles d’une communauté déviante à l’autre. Cependant, on retrouve un substrat commun : la manipulation mentale. Celle-ci se concrétise finalement par des procédés qui sont sinon identiques, au moins similaires : vénération des supérieurs, séparation du monde, manichéisme, paranoïa, rythme de vie démentiel, prières auto-suggestives, délation interne, abus sexuels, fanatisme, etc. Ce qui me semble très important à préciser, c’est que le phénomène d’emprise est un mécanisme terrible précisément parce qu’il est invisible : il conduit les victimes à se détruire PAR ELLES-MÊMES, sans laisser de traces. En d’autres termes : c’est le crime parfait ! ».

Xavier  pointe encore le fait que « l’archive Légionarios de Cristo montre que toute l’histoire de la Congrégation n’est que mensonges, manipulations, vol, escroquerie, doubles discours. […] Être légionnaire, c’est avoir appris depuis son entrée dans la congrégation à manipuler les gens, à séduire les autorités ecclésiastiques et les bienfaiteurs, à vanter une religion de façade »

C’est dire que c’est bel et bien la structure même du mouvement qui est pervertie, et ce avec la complicité à peine croyable du Vatican !

Et, Xavier, d’examiner toutes ces années dans la Légion avec une terrible et douloureuse lucidité, et déconvenue : « Par ses mécanismes de manipulation, la Légion a créé chez moi d’étranges comportements, faits de faux-semblants, de préjugés, de peurs qui m’empêchent de penser librement.
    Sortir d’une secte est beaucoup plus compliqué que de sortir d’une prison. Les barreaux qui m’ont emprisonné durant des années, je les ai conçus moi-même dans ma tête. Quitter physiquement une secte, ne plus y retourner, n’implique pas que l’on recouvre sa liberté ; on peut y rester encore très longtemps prisonnier. Pour réussir sa guérison définitive, il est nécessaire de faire un intense travail de relecture et d’accomplir l’acte le plus douloureux pour un ancien adepte : accepter humblement l’idée insupportable d’avoir fait fausse route. L’antidote était à ma portée, mais l’emprise de la Légion m’a empêché jusqu’à présent de me l’administrer. Le seul obstacle à une guérison, c’est donc moi-même. »

Faut-il encore rappeler qu’à l’occasion de la venue de Benoît XVI au Mexique, en 2012, les victimes du père Maciel avaient fait paraître un manifeste. Leur lettre exprimait ainsi une légitime déception face à un silence ecclésial assourdissant : « À l’image de nos espoirs de vérité et de justice dans l’Église, quelques-uns des anciens légionnaires du Christ qui étaient aux côtés des signataires de la lettre ouverte adressée à votre prédécesseur Jean-Paul II, sont aujourd’hui morts. À partir de 1997, nous avons espéré avec eux, qu’au lieu d’être ignorés et réprimandés par les autorités ecclésiastiques, nous recevrions une réponse à cette lettre, et ensuite, qu’on respecterait à notre égard la vérité, la charité et le droit qui nous étaient dus, en raison de la plainte canonique que nous avions déposé à Rome le 17 octobre 1998 auprès de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, laquelle était présidée à cette époque par Votre Sainteté. […]. Mais nous n’avons été ni écoutés, ni crus opportunément. Pendant longtemps, nous avons été ignorés car nous n’étions que de simples fidèles de base. […]. Nous n’avons jamais obtenu la moindre réponse à nos plaintes légitimes, et ceci en désaccord avec le droit canonique établi par l’Église elle-même. Et, après avoir été réprimandés plusieurs fois par les autorités, pour avoir exprimé nos convictions dans les médias, c’est seulement et précisément grâce à ces mêmes médias que nous avons pu être informés des décisions douteuses et confuses du Vatican relatives à l’objet de notre plainte. Et nous réaffirmons encore une fois que cette plainte a été déposée le 17 octobre 1998, à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sous votre responsabilité directe de préfet. […]. Les faits objectifs, suivis de près et analysés pendant des années intenses, ont prouvé que, plus que l’obéissance et le respect des droits de la personne humaine, c’est l’indignation publique et le poids de l’opinion laïque universelle qui ont permis de changer, bien qu’avec une extrême lenteur, l’attitude de déni maintenue si longtemps par la hiérarchie ecclésiastique. Comme de nombreux fidèles, nous espérions un peu de clarté et quelques motifs de confiance. Mais en échange, nous avons observé une ambiguïté quasi-systématique et, devant les contradictions entre la doctrine reconnue comme orthodoxe et sa réelle mise en pratique, nous avons été conduits à des troubles intérieurs et à un douloureux malaise spirituel. » [2]

J. Paul Lennon, autre ex-légionnaire du Christ, ne dit pas autre chose : « Après avoir passé trente ans à accompagner des victimes de la Légion du Christ et du Regnum Christi, je vois toujours aussi clairement les dégâts causés, à travers ses différentes œuvres, par le père Maciel. En effet, il ne s’agit pas seulement d’abus sexuels, mais de différentes sortes d’abus : manque de soins, maladies psychologiques, perversion des consciences, dépressions, suicides, perte de confiance envers l’Église, perte de la foi en Dieu, escroqueries financières des adeptes, de leurs familles et d’adultes en situation de vulnérabilité, mises en quarantaine, calomnies, ostracisme, menaces et poursuites judiciaires contre ceux qui refusent de se soumettre… »

Comme souvent dans l’Église et les mouvements visés, les accusations des nombreuses victimes sont – avant que la société civile et les médias ne s’en mêlent – considérées comme autant de calomnies visant à ternir la réputation d’une œuvre voulue par Dieu…

Pour conclure…

Finalement, devant les preuves accablantes et après avoir longtemps soutenu l’innocence de son fondateur, la Légion du Christ reconnaîtra en 2009 que Maciel avait eu une relation avec une femme dont il avait eu une fille, et en 2010, la véracité des accusations de pédophilie qui pesaient sur son fondateur.

Le 1er mai 2010, le Vatican dénoncera explicitement les délits de Marcial Maciel, le rapport le concernant faisant état de comportements très graves et objectivement immoraux, confirmés par des témoignages incontestables. Les actes commis par lui démontrent une vie sans scrupules et une absence de sentiment religieux authentique.

Bref, la pédophilie dans l’Église, ainsi que les dérives sectaires en son sein, auront démontré le rôle indispensable des lanceurs d’alerte.

Comme l’écrivent Maud Amandier et Alice Chablis, dans leur livre paru en 2014 et intitulé très justement Le déni : « L’institution-Église a construit une façade – rites, habits liturgiques, théâtralisation, grandes manifestations religieuses – avec la place et la basilique Saint-Pierre pour emblèmes. Si la façade est encore belle, elle commence à se fissurer, sauver les apparences reste pourtant primordial. » [3]

C’est un fait accablant. le modus operandi est, à chaque fois, identique : l’Église, structurellement imbibée par la culture du secret, n’a pas pris ou voulu prendre la mesure des dérives sectaires en son sein. [4]

Au contraire, elle aura soutenu Marcial Maciel, fondateur de la Légion du Christ, avant de le sanctionner. Et, malgré un passé sulfureux, le pape François n’en concédera pas moins à la Légion une « indulgence plénière » (pardon des péchés), au motif qu’elle aurait entamé un processus de purification et de renouveau.

Comme le rappelle également J. Paul Lennon, « les Papes et le Vatican, après avoir mené une enquête sur le père Maciel et sur la Légion, ont fait le choix de sauver la congrégation religieuse. Le pape François, quant à lui, a béni les conclusions de ses prédécesseurs. Ils ont affirmé le postulat suivant ‘‘Mauvais fondateur ; bonne congrégation », et nous ont demandé de croire que Dieu avait utilisé un fondateur déséquilibré pour réaliser Son Œuvre : la congrégation religieuse des légionnaires du Christ et le mouvement laïque Regnum Christi. »

Dans l’Institution-Église, il faudra bien s’y résoudre : les victimes ne sont jamais premières…

 

Ne fermons plus les yeux devant les dérives : agissons ensemble !

Pour signer la pétition contre le cléricalisme et les dérives sectaires dans l’ÉglisePer firmare la petizione su Change.org contro il clericalismo e i suoi eccessi settari/For sign the petition against clericalism and abuse : PÉTITION

 

Pour aller plus loin, en vidéo

Voy. égalementSome Controversial Catholic Movements and the Reaction of Church leadership, by J. Paul Lennon & Legion of Christ Ex-Member and Priest Paul Lennon with Steve Hassan Paul Lennon interpelle les dirigeants de l’Eglise sur la Légion du Christ

 

Xavier Léger, de même que J. Paul Lennon, sont également les cosignataires de la PÉTITION contre le cléricalisme et ses dérives sectaires.

 

Défense des victimes et informations :

 

NOTES :

[1] « La vraie vie du père Maciel », http://www.lenversdudecor.org/La-face-cachee-du-pere-Maciel.html; voy. également : http://www.lenversdudecor.org/-Pere-Marcial-Maciel-.html; « Légion du Christ : comment l’Église a voulu étouffer le scandale », Golias, n° 152, septembre 2013, http://pncds72.free.fr/311_legion/311_7_golias_ gonzalez.pdf; http://pncds72.free.fr/311_2_legion_xleger/311_2_04_interview_xl_2014.pdf; https://www.lenversdudecor.org/La-Legion-du-Christ-ou-la-re-ecriture-continuelle-de-l.html; https://www.lenversdudecor.org/-Pere-Marcial-Maciel-.html

[2] http://www.exlcblog.info/page/2; https://www.rtl.be/info/monde/international/des-victimes-d-abus-sexuel-diffusent-un-manifeste-adresse-au-pape-283275.aspx

[3] Maud Amandier et Alice Chablis, Le déni. Enquête sur l’Église et l’égalité des sexes, Bayard, 2014, p. 253.

[4] « Le silence comme protection contre la perversion : le cas Maciel », Maud Amandier et Alice Chablis, Le déni. Enquête sur l’Église et l’égalité des sexes, Bayard, 2014, p. 275 et s.

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