Un homme en révolte

Un homme en révolte

 

Il ne m’est plus possible de rester dans les rangs, comme si de rien était. Pendant que d’autres dénoncent, à juste titre, avec courage, parfois au péril de leur vie, les travers de la religion (parmi tant d’autres, je songe à Chahdortt Djavann, Houria Abdelouahed, Ayaan Hirsi Ali, Wafa Sultan, Mona Eltahawy, Leila Slimani, Henda Ayari, Fatiha Boudjahlat, Zineb El Rhazoui, Kamel Daoud, Abdennour Bidar, Boualem Sansal, Mohamed Sifaoui, Soufiane Zitouni, David Vallat, Karim Akouche, Salman Rushdie).

Je ne veux plus être un homme attentiste, en retrait, affairé à chercher encore un équilibre ou un compromis entre la religion et ma vie d’adulte. Ressassant encore et encore les invraisemblances découvertes, et ne sachant toujours pas quelle attitude adopter, entre rester ou partir, entre le prétendu respect de la Tradition et la fidélité à ce qui monte en moi et qu’il me faudrait pourtant réprimer. Il ne m’est tout simplement plus possible d’adhérer à une religion foncièrement mortifère et inégalitaire. Il ne m’est plus possible de trouver encore des justifications à l’injustifiable, du type : « Une histoire humaine nécessairement faillible, composée de ‘pauvres pécheurs’ en chemin, mais avec un Dieu qui, Lui, reste fidèle ‘malgré tout’. »

La naïveté a ses limites, un prix que je ne suis plus prêt à payer. Je ne parle évidemment pas ici de la faiblesse des soi-disant « pauvres pécheurs », je parle de l’Institution ecclésiale, de sa Doctrine, de sa Parole qui la justifierait, de sa prétention à parler à la place de Dieu. De régenter ainsi la vie des femmes et des hommes, à leur place, jusque dans leur intimité. Au nom d’une Volonté divine, d’un Projet divin, d’un imaginaire descendu tout droit du Ciel.

Je suis révolté par cette représentation d’un Dieu-le-Père-anthropomorphique-qui-juge… à l’image de… l’Église, une, sainte, catholique et apostolique. Je suis fatigué de ces religions qui prétendent détenir – chacune à leur manière, différemment – une Vérité, qui en vérité n’est celle que d’un moment, d’un égarement, d’une ignorance, d’une peur inoculée. Je suis fatigué par l’hypocrisie religieuse de ceux qui disent et ne font pas.

Je suis fatigué par les compromissions de l’Église, par ses lourds silences pour sauvegarder sa réputation. Je suis écœuré par son amateurisme, par son incapacité à se remettre en question, par sa facilité à condamner ceux qui ne pensent pas comme elle, par son incapacité à prendre soin de ceux qu’elle blesse, par son anti-prophétisme. Elle est bien pire que ces prétendus « pauvres pécheurs » qu’elle entend convertir. Elle est, en vérité, plus prétentieuse et plus inhumaine.

Je suis fatigué et en révolte. De constater tant et tant d’inepties et de superstitions séculaires au service de la sujétion des masses croyantes, ce « peuple de Dieu » qu’il faudrait conduire au Salut. La religion n’aura plus mon assentiment, jamais, juste une plume acerbe et engagée contre ses obscurantismes protéiformes.

Je suis désormais un homme en révolte.

Pascal HUBERT, Golias Hebdo, n° 495

 

Près de 30 ans après avoir soutenu l’auteur des « Versets sataniques », la comédienne Isabelle Adjani lui rend à nouveau hommage. Voici l’intégralité de sa lettre adressée à Salman Rushdie, ce mercredi 12 septembre 2018 dans La Grande Librairie.

 

N’hésitez pas à laisser sur mon blog un commentaire, un avis, une réflexion ou une suggestion… 

ou à m’écrire à deviens.ce.que.tu.es333@gmail.com

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