La messe est dite !

La messe est dite !

« Mais vous, qui croyez avoir trouvé la meilleure des religions ou plutôt les meilleurs des hommes, et qui leur avez livré votre foi crédule, je vous demanderai à mon tour comment vous savez que ces hommes sont en effet les meilleurs entre tous ceux qui ont enseigné, qui enseignent et qui enseigneront d’autres religions ? Avez-vous examiné toutes ces religions, tant anciennes que nouvelles, celles de nos contrées, celles de l’Inde, enfin celles de l’univers ? Et alors même que vous les auriez examinées scrupuleusement, qu’est-ce qui vous assure que vous avez choisi la meilleure ? Car, enfin, vous ne pouvez donner aucune raison de votre foi. Vous direz sans doute que vous vous reposez dans le témoignage intérieur de l’Esprit de Dieu, tandis que ceux qui ne pensent pas comme vous sont séduits et trompés par le prince des esprits rebelles. Mais tous ceux qui ne sont pas de l’Église romaine diront de leur Église ce que vous dites de la vôtre, et ils auront tout autant de droit que vous. »

Baruch Spinoza

 

L’Église ou la conspiration du silence [1] : omerta, déni et calomnie…

Lorsque je fréquentais encore les bancs de l’église – celle du Credo –, je ne me doutais pas un instant de l’envers du décor. Bien sûr, j’avais entendu parler d’histoires sulfureuses, mais l’Église n’a-t-elle pas toujours été injustement persécutée [2] ? Ceux qui veulent sa destruction sont si nombreux – à commencer par le prince des ténèbres ! Mais, fondée par et sur le Christ, elle ne peut que triompher de ses persécuteurs. Depuis, cette Vérité idyllique a certes connu quelques entailles malheureuses, mais – « Dieu merci,… », dirait Barbarin – l’édifice tient bon. La pédophilie des prêtres, les dérives sectaires, les religieuses servantes, les partouzes et autres malversations sont certes tombées sur la « place publique », mais sous le contrôle vigilant de la Sainte Église. La tolérance « zéro » est désormais de mise. L’Église s’est tue, a couvert, a été complice, privilégiant la loi du silence à la protection de ses innombrables victimes. Rien de bien évangélique, certes. Mais si la « barque de Pierre » chancelle dangereusement, l’Église du Christ a connu bien d’autres tempêtes, n’est-ce pas ?

Eh bien, non ! Il n’est plus tolérable de se moquer encore de la crédulité de tant de croyants qui, par fidélité au même Évangile, entendent encore se soumettre au Magistère. Je suis profondément choqué par ces infimes remises en question qui jamais ne remontent aux causes véritables. L’Église écarte un fondateur déviant, réforme les statuts d’une communauté, déplace un clerc ou le renvoie à l’état laïc. Mais rien de structurel, rien que de l’esbroufe. Et encore, sous la pression de la société civile, des médias. Et encore, après vingt-et-un siècles déjà !

Anatrella : le « psy » de l’Église persécuté pour son combat contre l’homosexualité ?

Dernier tsunami en date : l’affaire Tony Anatrella [3], pris dans la tourmente d’une énième affaire de mœurs avec de jeunes hommes. Et désormais interdit de ministère, de confession et d’activité thérapeutique. Lui qui, du haut de son autorité de prêtre, de « psychanalyste » et de consulteur au Conseil pontifical pour la famille (où s’élabore la morale de l’Église), commentait l’instruction du Saint-Siège interdisant la prêtrise aux homosexuels, texte qu’il aura largement inspiré : « L’Église a rappelé que les candidats présentant des tendances homosexuelles, ayant eu des pratiques de ce type ou soutenant ce qu’on appelle la culture gay ne peuvent être admis aux ordres sacrés. Ceux qui se trouvent dans l’une de ces situations devront interrompre leur formation », écrit-il dans « La Croix », en janvier 2006, avant d’ajouter : « L’instruction ne concerne que les futurs candidats et non pas les prêtres, qui sont invités à poursuivre leur ministère. » L’Église, par la voix de ses fidèles défenseurs, entend ainsi faire la morale au monde entier, sans même se rendre compte que sa doctrine bien-pensante est profondément immorale et engendre inévitablement des drames, des déviances et des turpitudes sans fin. Je suis fatigué par toutes ces prétentions abusives, ce déni séculaire de la réalité.

La confusion des genres…

En vérité – si, si ! –, l’Église devrait enfin écouter les nombreux lanceurs d’alertes, au lieu de les persécuter, de les mettre à l’index et de les discréditer de mille façons. Et pourquoi ne pas le dire, dans cette sordide affaire Anatrella, la revue Golias [4], tant de fois décriée depuis son lancement en 1985, tirait pourtant la sonnette d’alarme depuis… 2006 ! Mais les plus fervents défenseurs de la foi et de la morale n’y auront vu qu’un énième brûlot à charge de la « Sainte Église ». Force est de constater que la vérité n’est pas toujours là où on serait en droit de l’attendre.

Golias encore : « Nous demeurons convaincus, entre autres, que les messages de haine homophobe distillés par Tony Anatrella font d’énormes dégâts et sont diamétralement opposés à un Évangile d’Amour et de Libération ainsi qu’à toute vision humaniste de son prochain [5]. » Et puisque les bien-pensants se plaisent tant à citer les évangiles pour discréditer les infidèles d’en face : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretés » (Matthieu 23, 28). J’en termine par une simple question, désabusé par la religion de mon enfance : « Qui est le frère de son prochain ? »    

Pascal HUBERT, Golias Hebdo, n° 537

http://golias-editions.fr/

[1] Voy. l’enquête du magazine Cash investigation « Pédophilie dans l’église », http://urlz.fr/7o57; et le livre qui a servi à l’enquête précitée : Daphné Gastaldi, Mathieu Martiniere, Mathieu Périsse, Église, la mécanique du silence, JC Lattès, 2017, http://urlz.fr/7o4W

[2] Gérard Leclerc, Pourquoi veut-on tuer l’Église ?, Fayard, 1996.

[3] « Les thérapies très spéciales de Mgr Anatrella », ProChoixNews, novembre 2006, https://miniurl.be/r-1og6; « Soupçonné d’abus sexuels, le « psy de l’Église » Anatrella est démis de ses fonctions, mais s’accroche », L’Obs., 6 juillet 2018, https://miniurl.be/r-1og6

[4] « Les étranges méthodes du docteur Anatrella. », Golias Hebdo, n° 110, septembre 2006.

[5] « Affaire Anatrella. Le blanchiment de ‘Mgr Psy’ », Golias, 15 septembre 2007, http://golias-editions.fr/article1632.html

 

Dans la même veine….

 

 

 

Le Vatican a exprimé « sa honte et son chagrin » jeudi 16 août [2018] au soir, deux jours après la révélation d’un scandale de pédophilie sans précédent dans l’Église catholique en Pennsylvanie.

 

Le Vatican a pour la première fois réagi, jeudi 16 août, au nouveau scandale de pédophilie qui secoue l’Église catholique aux États-Unis. « Deux mots peuvent exprimer ce que l’on ressent face à ces crimes horribles : la honte et la douleur », a souligné le Vatican dans un communiqué.

Les autorités de Pennsylvanie ont révélé mardi que quelque 300 prêtres pédophiles avaient violé ou abusé plus d’un millier d’enfants, qu’ils ont réduits au silence en se servant de la foi comme d’une arme, tout en étant systématiquement couverts par les autorités épiscopales. L’enquête porte sur une période de soixante-dix ans.

>> À lire aussi sur France 24 : « États-Unis : plus de 300 prêtres catholiques accusés de pédophilie en Pennsylvanie »

Le rapport final, rédigé par un jury populaire auquel avaient été soumises les conclusions de l’enquête, indique que « quasiment tous les cas » allégués sont aujourd’hui frappés par la prescription et ne peuvent être poursuivis pénalement.

Le pape François comprend combien « ces crimes peuvent ébranler la foi et l’esprit des croyants [et, dans cette] tragique horreur qui détruit la vie des innocents[,] les victimes doivent savoir que le pape est de leur côté », écrit le Vatican.

>> À lire aussi sur France 24 : « Mort du cardinal américain symbole des scandales de pédophilie »

« Le Saint-Siège condamne sans équivoque les abus sexuels commis sur des enfants. Les abus décrits dans le rapport sont criminellement et moralement répréhensibles. Ces actes ont trahi la confiance et volé aux victimes leur dignité et leur foi », poursuit le texte. « L’Église doit tirer des leçons du passé et il doit y avoir une prise de responsabilité de la part de ceux qui ont abusé et de ceux qui ont permis que cela se produise », complète le texte.

Le Saint-Siège « encourage de constantes réformes et une vigilance à tous les niveaux de l’Église pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables. Il souligne aussi la nécessité d’obéir à la législation civile, y compris à l’obligation de dénoncer les cas d’abus sur des mineurs ».

« L’objectif primordial dans tout cela est de renforcer les protections contre les prédateurs dans l’Église et quiconque les dissimulerait », a déclaré le cardinal Daniel DiNardo, président de la Conférence américaine des évêques catholiques. « Ces protections contraindront les évêques aux plus hauts standards de transparence et de responsabilité », a-t-il ajouté dans un communiqué.

Avec AFP et Reuters

http://www.france24.com/fr/20180817-scandale-pedophilie-etats-unis-vatican-exprime-honte-chagrin-pape-pennsylvanie

http://www.france24.com/fr/20180815-etats-unis-pretres-catholiques-accuses-pedophilie-pennsylvanie-prescription-eglise

https://www.ecdq.org/a-lire-avant-ou-apres-avoir-vu-le-film-spotlight/

 

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