Une vie, un livre : un cri, pour renaître

murski DR
Marie Murski

Une vie, un livre : un cri, pour renaître

La femme est maltraitée de par le monde, depuis la nuit des temps, avant même sa naissance. Avortement sélectif, mariage forcé, mutilation sexuelle, esclavage, prostitution forcée, viol et violences de toutes sortes, droits inégaux dans de nombreux domaines de la vie courante [1]. Ainsi, les violences à l’égard des femmes sont innombrables : physique, sexuelle, psychologique et économique. Du fait des hommes, le plus souvent. 70% des femmes dans le monde sont victimes de violences au cours de leur vie. En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Parmi toutes ces femmes, je suis tombé sur une histoire singulière, un livre, un cri. L’histoire bouleversante de Marie Murski qui, durant 14 ans, fera l’objet d’humiliations de la part d’un pervers narcissique. Le Prince charmant des premiers jours deviendra, peu à peu, son bourreau. « Elle n’a pas vu le piège, ni le chasseur, ni l’affût. » Par amour, elle délaisse son travail (elle était sage-femme), son écriture (un roman en cours), ses amis. Bref, sa vie d’être humain, pour se consacrer à son jardin, jour et nuit. Et à son charmant et brillant époux, violoniste. Les premières insultes, les humiliations, les punitions, puis les premiers coups sans trace commenceront à pleuvoir. Il la conduisait, lentement, mais avec méthode, vers la déchéance totale. Elle continuera à l’admirer, à encaisser, à se taire. Par amour [2], elle se laissa, peu à peu, séquestrer entre quatre murs et tomber en esclavage. Elle était sous emprise, sans un sou, sans amis. Comment fuir pour sauver sa vie ? Lui, aux yeux des autres, il était le mari idéal, doux, dévoué à son épouse forcément dépressive. Il excellait dans sa double vie, sa double image, son double langage. « Il était gentil, elle le mettait en colère… », lui disait-il. Pourtant, elle prendra peu à peu conscience que son jardin – qui était toute sa vie, son œuvre, sa respiration – pourrait bien devenir son cimetière. En particulier, le jour où il lui a dit : « Relève-toi où je te tue… » Murski-la-moins-que-rien a de la force, elle remontera des enfers ; je ne vous dirai pas comment, à elle de vous dévoiler ses mots indicibles. Pour toutes ses sœurs d’infortune et pour sa propre reconstruction, elle a tiré de sa souffrance un livre cathartique : Cris dans un jardin [3].  « Je n’ai pas été battue à mort, mais je meurs. Je ne suis pas couverte d’hématomes et de blessures, mais je meurs. Comment le dire ? Et qui va me croire ? », écrit-elle. Renaître, pour Murski, c’était devenu une question de vie ou de mort. Si « un livre doit être une hache qui brise la glace en nous » (Kafka), les mots tirés des entrailles de Murski sont de ceux-là. Ils vous arrachent des larmes de compassion, rejoignent vos propres blessures cachées. Que dire de plus ? J’ai aimé son histoire, j’ai aimé l’extrême humanité de cette femme, j’ai aimé cette femme.

Pascal HUBERT, Golias Hebdo, n° 494

http://golias-editions.fr/

 

 

[1] Vidéo « Naître fille, c’est devoir surmonter beaucoup d’obstacles », publiée par FIDH – International Federation for Human Rights sur Youtube le 7 mars 2016, https://bit.ly/2jRrPen.

[2] Alma, L’amour fou, Ma peau aime, Album 2017, https://bit.ly/2jSIrSO

[3] https://bit.ly/2KfsDES; un portrait attachant de Marie Murski : https://bit.ly/2G8G4E0

 

Marie Murski a vécu 15 ans sous l’emprise d’un mari violent. Elle raconte son expérience dans son livre, « Cris dans un jardin », et comment elle s’en est sortie:
Le monde en face – Les pervers narcissiques – Une violence invisible du mardi 8 janvier 2019
Ce documentaire raconte l’emprise psychologique et la violence verbale d’un conjoint par un autre. De l’anéantissement de leur personne psychique, jusqu’aux déclics qui leur ont sauvé la vie, les victimes retracent leurs failles, leur enfermement jusqu’à leur reconstruction. L’autre violence conjugale, non physique mais morale, fait d’importants dégâts. De plus en plus souvent, le diagnostic de perversion narcissique intervient pour expliquer ces phénomènes d’enfermement dans le couple. Ce film veut entendre et voir la réalité que revêt cette perversion qui reflète un phénomène social très fort et destructeur. Aujourd’hui, les victimes en parlent plus qu’avant et rencontrent des aides qui leur permettent de se reconstruire et de mettre des mots sur leurs années d’enfer. Ces femmes ont été victimes d’une personne dite manipulatrice, perverse narcissique ou paranoïaque. Ces pathologies ou psychoses, selon la définition de la profession médicale, provoquent les mêmes dégâts chez les compagnons : une emprise et une destruction lente ou rapide, mais toujours progressive. C’est ce que le film raconte et le point de vue qu’il adopte. Celui de la victime, qui s’est reconstruite, qui a ré-écrit son chemin.

 

 

 

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